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Mercredi 25 juin 2008
PRIX : 17,90 €

Florence, vingt huit ans, décoratrice à Bourges, s'apprête à partir pour Montrichard, petite ville au bord du Cher, afin de retrouver Daniel, un jeune artisan ébéniste dont elle a fait la connaissance sur un site Internet de rencontre.

Adeline, amie de toujours de Jeanne, la mère décédée de Florence, persiste à vouloir materner la jeune femme à l'excès et la met en garde avec insistance contre ce qui pourrait n'être, selon elle, qu'une aventure sans lendemain.

Florence, qui n'a pas connu son père, ne supporte plus cette pesante tutelle d'autant plus qu'elle soupçonne Adeline de détenir au moins en partie, le secret qui entoure sa naissance.

À Montrichard, Daniel ne sera pas au rendez-vous. Florence décide de rentrer à Bourges.

Or, le lendemain matin, alors qu'elle attend son train, elle est appréhendée par les gendarmes. Le lieutenant Bardonnèche lui apprend que Daniel a été agressé la veille chez lui, à Aiguevives, et transporté à l'hôpital dans un état sérieux.

La jeune femme est vite mise hors de cause grâce à plusieurs témoignages, dont celui, décisif, de Paul Chevalier, un chauffeur de taxi un peu fantasque qui lui offre d'emblée de se mettre à sa disposition.

Profondément affectée par les évènements, désorientée dans une ville qu'elle ne connaît pas, Florence se laissera prendre en charge par ce sexagénaire qui s'imposera par sa gentillesse et son dévouement, sans pour autant s'immiscer dans sa vie.

Tous deux se mettront en tête de vouloir découvrir qui a agressé Daniel, et pourquoi.

Mais leurs recherches prendront rapidement une tournure singulière…

 EXTRAIT DU ROMAN :

— Écoutez, Adeline, mon train part dans moins de trois heures et je ne suis pas en avance. Je dois finir de me préparer. Désolée, mais je vais devoir raccrocher…
— Non ! Attends… Accorde-moi encore une petite minute… Flo… S’il te plaît…
Excédée par le ton geignard de son amie, la jeune femme leva les yeux sur le cadran d’une pendule Campani, un véritable bijou en état de marche parmi le bric-à-brac qui l’entourait.
— Trente secondes, alors… soupira-t-elle.
— D’accord… Ça ne sera pas long… Je n’ai pas l’intention de m’immiscer dans ta vie privée mais en ce moment ta conduite a de quoi surprendre, conviens-en… Toi d’habitude si réservée, si prudente, si méfiante… Que t’est-il arrivé, bon sang ? Tu fonces tête baissée vers ce… vers cet inconnu… Cela ne te ressemble pas, Flo. Je ne te reconnais plus. C’est à croire que ce type t’a complètement envoûtée. As-tu pensé une seconde au désastre pour toi, pour ton métier, pour ta vie, même, s’il se révélait n’être qu’un aventurier sans scrupule ? Si ça se trouve, il est en train de te détruire sans que tu t’en rendes compte. Que connais-tu de lui, au juste ? Ce qu’il a bien voulu te dire ? À peu près rien, en somme… Et de sa famille, encore moins, je présume… Et toi, Flo, tu te prépares à aller vers je-ne-sais-quoi…
— Vous non plus, Ady, vous ne savez rien sur lui ! Moins que moi, en tout cas. J’ai vingt-huit ans, j’estime être assez grande pour choisir mes amis en toute liberté et organiser ma vie à ma guise, surtout dans ce qu’elle a de privé. Croyez-vous que votre comportement soit celui d’une véritable amie ?
— Flo…
— Je ne supporte plus votre ingérence permanente dans mon existence ni votre condescendance… Vous me faites perdre mon temps…
— Mais…
— Il n’y a pas de mais qui tienne ! Ce type, comme vous dites, il a un prénom ! Il s’appelle Daniel. Alors, de grâce, cessez de le considérer comme un moins que rien, et moi comme une personne immature. Je vais finir par regretter de vous avoir fait des confidences. Je suis désolée, mais j’en ai plus qu’assez, Adeline, vraiment. Votre attitude, surtout à l’égard de Daniel me déçoit et me peine. C’est à croire que vous êtes jalouse dès lors qu’un événement heureux survient dans ma vie.
— Jalouse, moi ? Mais tu déraisonnes, ma pauvre fille ! Me crois-tu vraiment capable d’un tel sentiment ? Enfin, tu me connais ? Je pourrais être ta…
— Ma mère ? C’est ce que vous alliez dire, n’est-ce pas, que vous pourriez être ma mère ? J’aurais dû m’y attendre, tenez… Ça faisait longtemps !
— Ce n’est pas ce que j’ai voulu…
— Pas de chantage affectif avec moi, je vous en prie ! Vous ne pouvez pas vous substituer à Jeanne Jouaud. Quoi que vous fassiez, vous ne réussirez jamais à la remplacer. Je ne veux pas que vous me considériez comme la fille que vous n’avez jamais eue, vous comprenez ? Vous ne semblez pas vous rendre compte que votre tutelle a pris fin avec ma majorité. Laissez ma pauvre mère en paix s’il vous plaît, et laissez-moi aussi.
— Pardonne-moi… Je ne voulais pas te blesser. Tu n’es pas tendre avec moi, dis donc… Enfin, passons… Je voulais seulement te faire comprendre que… Mais c’est inutile, je crois… Bon, écoute, ma petite Florence…
« Ma petite Florence… »
L’horrible épithète qui hérissait la jeune femme venait d’être lâchée. Sa colère, jusqu’alors endiguée avec peine, déferla.
— Je ne suis pas non plus votre petite Florence ! Bon sang ! C’est exaspérant ! Faudra-t-il que je vous le répète jusqu’à la fin de mes jours ?
— Écoute…
— Non ! Ça suffit, Adeline… Je voudrais à présent que vous me lâchiez. Vous ramenez sans cesse tout à votre précieuse petite personne tout en me mettant la pression. C’est intolérable. Je ne supporterai pas davantage votre influence ni la façon que vous avez de me culpabiliser à tout propos. M’avez-vous bien comprise, cette fois ?
— Ne te mets pas en colère, Flo, cela ne sert à rien. Puisque tu le souhaites, je vais te laisser… Mais avant, je veux que tu entendes ceci… Je te connais depuis assez longtemps pour m’être aperçue que quelqu’un était entré dans ta vie et ce, bien avant que tu ne m’en parles. Seul un homme peut faire changer une femme à ce point. Mais c’est vrai, j’en conviens, il s’agit de ta vie privée. Il n’empêche que je suis inquiète. C’est naturel, non ? J’ai peur que tu ne commettes une énorme bêtise. Je ne voudrais pas, une fois encore, être obligée de te ramasser à la petite cuiller, et par ta faute, ce coup-ci… Enfin, puisque tu affirmes savoir ce que tu fais…
— En effet, vous ne pouvez pas mieux dire. Je sais parfaitement ce que je fais ! Je n’ai plus besoin d’être chaperonnée. Je n’ai plus seize ans ! Mettez-vous bien ça dans la tête une fois pour toutes ! Essayez donc de vivre pour vous, bon sang ! Si vous ne pouvez pas faire autrement que de materner, vous n’avez qu’à vous chercher quelqu’un d’autre ! Tenez, trouvez-vous donc un homme ! Croyez-moi, cela vous ferait à coup sûr le plus grand bien !
— Florence !!!
— Non, Adeline ! Je ne veux plus vous écouter. À présent, je vous laisse. Je suis très en retard…
— Florence… Attends !
— On se reverra peut-être à mon retour ! Au revoir !
— Attends ! Quand rentres-tu à Bourges ?
Bouillante de rage, Florence mit fin à la communication en claquant le téléphone sur son socle comme on claque une porte, avec une violence dont elle ne se serait pas crue capable. Elle en fut si surprise qu’elle reprit le combiné entre deux doigts pour le reposer avec une infinie douceur, un geste absolument inutile qui trahissait son émotion, sa perplexité, mais aussi un début de remords.
« Elle dit vraiment n’importe quoi, maugréa-t-elle… Me ramasser à la petite cuiller… Non mais, pour qui me prend-elle ? Pour un peu, elle me gâcherait mon week-end… Elle s’estime vraiment indispensable ? »

Adeline Françoise de Frimoncourt-Bréaumont était la fille unique d’un vicomte qui avait fini sa vie en se balançant sans élégance au bout d’une cravate de chanvre dans le grenier de son manoir en ruine, après avoir mis sa famille sur la paille.
En dépit de son impécuniosité chronique masquée à grand-peine, travailler aurait signifié pour elle trahir sa lignée aristocratique. Elle vivait donc sans excès d’une petite rente épargnée comme par miracle lors de la banqueroute de son gentilhomme de père ainsi que d’une pension alimentaire qui venait d’expirer en même temps que son ex-mari dont elle était divorcée depuis quinze ans mais qui avait eu l’élégance de lui laisser leur petite maison de Marmagne. Ils n’avaient pas fait d’enfants. Elle réagit l’adversité en s’évertuant à donner l’illusion d’une certaine aisance et à garder sa dignité, mais elle ne trompait plus qu’elle-même.
Après sa séparation, elle était devenue la confidente de Jeanne Jouaud, la mère de Florence, alors qu’elles étaient toutes deux bénévoles en alphabétisation dans une association berruyère. Un profond sentiment allant au-delà de l’amitié unissait ces deux femmes du même âge que la vie n’avait pas épargnées. Sans jamais faillir, Adeline avait accompagné Jeanne jusqu’à ses derniers instants dans sa lutte contre l’implacable maladie qui l’avait emportée en peu de temps.
Adeline venait de dépasser la soixantaine. Florence ne lui avait plus connu de liaison depuis sa rupture six ans plus tôt d’avec un officier d’Avord1, rupture reposant sur un malentendu, l’amant, un fringant capitaine de dix-huit ans son cadet ayant découvert que la pseudo patricienne les berçait tous deux d’illusions car elle était loin de jouir de la fortune qu’il avait escomptée.
Cependant, Florence avait suspecté Adeline d’avoir fait une escapade amoureuse au début du printemps. Elle s’était dit qu’elle n’allait pas à son tour se mettre à surveiller les faits et gestes de sa duègne. Au moins, durant son absence qui dura une semaine, elle avait eu une paix royale.
Lorsqu’elle rentra à Bourges, Florence ne lui posa donc aucune question. De son côté, Adeline resta muette comme une pierre tombale quant à la nature de son équipée.
Femme cultivée, raffinée, toujours tirée à quatre épingles, Adeline, sur qui les années ne semblaient pas avoir de prise, était aussi une femme d’action et d’influence.
L’amie de toujours, qui préférait par coquetterie qu’on l’appelât Ady, avait tout naturellement été amenée à faire un transfert d’affection sur Florence, l’unique survivante de la famille Jouaud qui, lorsqu’elle s’était retrouvée seule au monde, entrait dans sa douzième année. Adeline avait obtenu la garde de l’adolescente. Elle l’avait élevée comme s’il s’était agi de sa propre fille.
Florence Jouaud n’avait, en effet, jamais connu son père. Pour d’obscures raisons, Jeanne s’était toujours gardée d’évoquer cet inconnu devant elle et lui avait fait comprendre qu’il aurait été inutile d’essayer de transgresser l’interdit. Entre mère intransigeante et fille obéissante, le sujet était donc resté tabou. Jeanne Jouaud avait fini par emporter son secret dans la tombe à l’âge de cinquante et un ans.

 

Or, peu à peu, l’idée avait germé dans l’esprit de Florence que sur son lit d’agonie sa mère avait dû faire quelques révélations à sa confidente au sujet de ce mystérieux géniteur. Les deux amies avaient été trop complices et trop proches l’une de l’autre, pensait-elle, pour qu’il en fût autrement. Elle vivait désormais cette collusion comme une sorte de trahison.
Jusqu’à présent, Florence n’avait jamais osé aborder le sujet avec Ady. Elle savait que le moment de le faire viendrait. Il fallait donc pour cela qu’elles restassent amies, fut-ce au prix de pénibles concessions.
Il ne se passait pas une journée sans que les deux femmes ne se téléphonent ou ne se voient. Ady venait au magasin plusieurs fois par semaine pour s’enquérir des besoins de Florence. Elle se chargeait parfois de faire les courses que la jeune femme, absorbée par son travail, n’aurait pas le temps ou aurait oublié de faire. C’était en quelque sorte une façon idéale pour Adeline de garder un pied au domicile de Florence et ne pas être mise à l’écart de sa vie.

Florence Jouaud avait obtenu son diplôme d’architecte d’intérieur en 1999 à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Clermont-Ferrand. Elle était revenue à Bourges, sa ville natale qu’elle adorait, pour monter une petite affaire commerciale grâce à l’argent perçu au décès de sa mère.
Spécialiste du design, l’ancien l’attirait de plus en plus. Elle intervenait sur des projets de rénovation, de restructuration de bâtiments pour des particuliers, parfois pour des professionnels.
Près de trois quarts d’heure lui furent nécessaires aussi bien pour finir de se préparer que pour évacuer sa colère.
L’appartement occupait tout le deuxième étage de l’immeuble, tandis que le premier, au-dessus de la boutique, servait avant tout de bureau mais comportait sur l’arrière une chambre avec une salle de bain attenante.
Florence redescendit ensuite compter sa caisse et remplir ses bordereaux de chèques en vue de leur dépôt à la banque, un discret sourire traînant sur ses lèvres.
Les mois d’été avaient été bons, en particulier septembre, le meilleur depuis que « La selle d’osier » avait ouvert ses portes, six ans plus tôt. Si les affaires continuaient sur cette lancée, Florence allait enfin pouvoir remplacer sa vieille fourgonnette poussive achetée dans une vente des Domaines, et refaire la devanture du magasin dont elle avait déjà établi les plans. La peinture du panneau de bois sur lequel s’étalait « La selle d’osier » commençait à s’écailler. C’était décidé, l’enseigne serait refaite au printemps.
Jusqu’au milieu du siècle précédent, l’emplacement avait abrité, sur l’arrière de l’immeuble, au fond d’une cour, l’atelier d’un bourrelier-rempailleur de chaises. La partie bordant la rue Beaujouan, qui faisait désormais office de magasin d’exposition, avait jadis été une quincaillerie.
Le jour où Florence avait signé chez le notaire, ce dernier lui apprit qu’elle succédait dans la place à un très lointain cousin du côté de sa mère, un dénommé Anselme Rabelleau, sellier de son état. Elle avait été heureuse de savoir que la bourrellerie Rabelleau avait prospéré pendant presque un siècle avant de s’éteindre, victime du progrès.
Cette longévité, courante à l’époque, avait néanmoins été perçue par elle comme un heureux présage, mais elle n’en demandait pas tant.
Quand Florence était occupée sur sa planche à dessin au premier étage ou, ce qui était plus rare, sur des chantiers extérieurs, Annie, sa jeune employée de vingt-trois ans, tenait seule le magasin. Malgré son relatif jeune âge, elle assumait à la perfection cette responsabilité si bien que sa patronne la considérant comme une véritable collaboratrice pouvait lui laisser la boutique en toute confiance.
Depuis quatre ans qu’elle travaillait à « La Selle d’osier », la vendeuse louait une chambre à la Charmille, un foyer mixte de jeunes travailleurs, situé à la périphérie de Bourges.
Annie Latrier était sortie du lycée professionnel Jean Guéhenno de Saint-Amand-Montrond après avoir obtenu un baccalauréat professionnel vente en alternance, au cours duquel elle avait fait un stage remarqué à la boutique. C’est pourquoi, Florence lui avait demandé, sitôt ses études terminées, de venir travailler avec elle.
Pour des raisons personnelles sur lesquelles elle ne s’était jamais livrée, Annie Latrier n’entretenait plus de relation avec sa famille. Aînée d’une importante fratrie, elle avait été élevée avec rudesse dans une exploitation agricole sans confort située entre l’Abbaye de Noirlac et Bruère-Allichamps, à l’écart de la nationale 144 et de toute agglomération.
La veille, euphorique à la perspective de partir à la rencontre de Daniel, Florence lui avait donné en congé les trois derniers jours du mois. Annie l’avait regardée avec stupéfaction en se demandant ce qui pouvait provoquer chez sa patronne cet état jubilatoire et si elle n’avait pas perdu la raison.
Florence avait souri.
— Cet été, nous avons bien travaillé, Annie… Je suis vraiment très satisfaite de tes services. Allez, à présent, tu peux rentrer chez toi, mais attends…
Elle sortit de son tiroir-caisse cinq billets de vingt euros qu’elle lui glissa dans la main.
— Tiens… C’est pour toi. Tu l’as bien mérité.
L’étonnement de la jeune fille était visible.
— Vous êtes sûre que tout va bien, Florence ?
— Mais oui, Annie, ne t’inquiète pas, tout va très bien. Ce n’est qu’un break qu’on fait toutes les deux. Je pars quelques jours. On se revoit mardi prochain à neuf heures et on discutera de ton embauche en CDI. D’accord ?
Une joie indescriptible avait éclairé le visage de la jeune fille. Comme d’habitude elles s’étaient fait la bise. Annie Latrier était partie en courant prendre son bus, un grand rayon de soleil dans le cœur.
Après avoir coupé l’électricité et accroché à l’intérieur de la porte vitrée le panonceau indiquant la réouverture le trois novembre au matin, Florence revint s’asseoir sur l’accoudoir d’un fauteuil, près du comptoir, son sac de voyage à ses pieds, pour attendre son taxi, les yeux rivés sur la pendule dont les aiguilles à présent ne tournaient plus assez vite à son goût.
Son regard s’arrêta sur le téléphone. Ses pensées allèrent vers Adeline qu’elle venait de rembarrer avec une insolence brutale alors que la pauvre femme ne faisait qu’exprimer ses inquiétudes avec maladresse. Elle regretta son emportement. N’avait-elle pas tout gâché ? Son amie avait des torts, certes, mais elle qui avait toujours été présente dans les moments pénibles, en particulier lorsque, trois ans plus tôt, Laurent avait à son tour disparu. Elle ne méritait pas d’être traitée avec pareille brusquerie.
Laurent Gilin et Florence Jouaud, tous deux diplômés d’une école d’arts plastiques, s’étaient liés d’amitié alors qu’ils suivaient les cours du soir hebdomadaires à l’E.N.S.A.B.2, autant pour le plaisir que pour ne pas perdre contact avec un milieu étudiant fourmillant d’idées créatives.
Ils avaient l’habitude, le vendredi, à la sortie de l’atelier de dessin, d’aller ensemble manger un morceau dans une petite brasserie située à l’angle formé par les rues Édouard Branly et Michel Servet, après quoi ils rentraient chez eux, chacun de leur côté.
Laurent prit assez vite le pli de raccompagner la jeune femme jusqu’à la porte de son magasin puis d’attendre que les lumières de l’étage fussent allumées pour, après un dernier signe de la main, s’en retourner chez lui, à pied, à l’autre bout de la ville.
Cependant, les mois passants, leurs tête-à-tête ne se limitèrent plus aux seules dissertations sur l’architecture d’intérieur ou l’histoire de l’art. Ils prirent un tour plus intime.

À plusieurs reprises, le patron fut contraint de les pousser gentiment dans la rue pour pouvoir fermer son bistrot.
Pour les jeunes gens, se quitter devenait de plus en plus difficile.
À l’époque, Florence venait d’avoir vingt-quatre ans. Elle était propriétaire de sa boutique depuis quelques mois et commençait tout juste à gagner un peu d’argent.
Laurent, son aîné de treize mois, héritier d’une grande famille de viticulteurs de Sury en Vaux, dans le Sancerrois, n’avait aucun souci financier. Il ne savait pas encore très bien ce qu’il allait faire des certificats qu’il avait obtenus en dilettante. Il oscillait entre sa passion pour l’art qu’il aurait aimé enseigner, et une autre, plus inattendue, pour l’océan. Il pouvait parler de ses courses en mer durant de longues heures en couvrant la nappe de croquis, d’abaques et d’équations compliquées, s’efforçant d’expliquer la conjonction entre courants, force des vents et amplitude des marées.
La jeune femme ne comprenait pas grand-chose à l’art de la navigation ou à la thermodynamique des océans, mais collée à Laurent, elle suivait des yeux les mouvements de sa main en buvant ses paroles, le cœur gonflé d’admiration et d’amour comme une voile par grand vent.
Une troisième passion, commune celle-là, prévisible et inévitable, éclipsa bientôt les deux premières. Florence et Laurent s’aimaient profondément.
Délaissant le confort d’une vie sans problème dans une maison bourgeoise appartenant à ses parents, en périphérie de la capitale berruyère, Laurent vint s’installer au début de l’année 2002 dans le minuscule appartement de Florence. Cependant, dès qu’il le pouvait, il se rendait seul ou avec sa compagne, à La Rochelle, chez un ami de son père, propriétaire d’une société de location de bateaux, celle-là même où il avait appris à barrer et passé son permis hauturier. Laurent Gilin devenait alors pour quelques jours le fier skipper du « Son of Cronos II », un voilier de treize mètres avec lequel il faisait corps. Florence l’admirait en silence et se laissait gagner par l’enthousiasme de son compagnon dont elle était de plus en plus éprise.
Début octobre de la même année le couple avait visité un chantier naval dans le Morbihan où le jeune homme envisageait d’acquérir au printemps suivant, un ketch de dix-sept mètres. Ce serait leur premier voilier bien à eux, un superbe deux-mâts quillard habitable, avec une coque en alu. L’exaltation de Laurent avait gagné Florence qui,
désormais, rêvait elle aussi de croiser au large.
— J’ai envie de passer le permis hauturier, captain Troy… Tu me donneras des leçons…
Elle s’était blottie dans ses bras, submergée par un bonheur immense.
Leur vie s’annonçait heureuse. Très épris l’un de l’autre, ils faisaient chacun ce qu’ils aimaient à l’abri du besoin. Un bonheur total, en somme, presque un rêve mais qui, hélas, fut éphémère.
En novembre 2002, en revenant de Lanzarote où il avait convoyé de riches propriétaires jusqu’au pied de leur villa d’Arrecife, le « Son of Cronos II », que Laurent barrait seul, fut pris dans une violente tempête au large de la Galice, à trente milles nautiques du Cap Ortega.
En fin de nuit Laurent lança un S.O.S. puis déclencha sa balise de détresse. Il fut vite localisé, mais à cause du gros temps, les secours n’arrivèrent sur zone que cinq heures plus tard. Ils ne trouvèrent hélas aucune trace ni du bateau ni de son skipper.
Après une semaine, les recherches combinées, maritimes et aériennes, furent abandonnées et Laurent porté disparu. Son corps ne fut jamais retrouvé

Un journal à scandale émit l’hypothèse qu’il y avait quelque chose d’étrange dans la disparition du ketch et de son skipper, allant jusqu’à soupçonner une escroquerie à l’assurance et même un trafic de drogue, mais les enquêtes menées en parallèle par la direction des affaires maritimes et par les douanes espagnoles et françaises confirmèrent sans conteste possible la thèse initiale de l’accident.
Florence s’était alors jetée sans aucun ménagement dans son travail pour tenter d’oublier son bonheur brisé, le remue-ménage entourant la disparition de Laurent, et surtout éviter la dépression.
Adeline avait été très présente pendant cette période difficile, multipliant les invitations pour des week-ends dans la fermette qu’elle possédait à Marmagne au bord de l’Yèvre. Elle l’emmenait au cinéma, au théâtre ou visiter des expositions. Elles s’étaient mises toutes les deux à l’informatique, par curiosité, mais seule Florence avait sauté le pas et acquis un ordinateur, pour son travail, disait-elle. Bien vite la curiosité l’avait poussée à aller sur des sites de rencontre et c’est sur un de ceux-ci qu’elle avait croisé le chemin de Daniel.
Elle émergea de sa sombre rêverie, décidée à appeler Adeline pour conclure une paix immédiate sans condition avant que la rancœur ne s’installe et ne pourrisse leurs relations. Leur brouille était idiote. Jusqu’à présent, elles n’étaient jamais allées aussi loin dans la fâcherie.
Alors qu’elle formait le numéro, trois brefs coups de klaxon retentirent dans l’étroite rue du Beaujouan. Florence reposa aussitôt le téléphone, attrapa son sac et sortit.
Après avoir baissé et verrouillé sa grille de vitrine, elle leva le nez en l’air.
Depuis le matin, passages nuageux et éclaircies se succédaient, mais il ne pleuvait toujours pas. La température était douce. L’été s’en allait avec discrétion, poussé par le vent d’ouest. Elle hésita, adressa aux nuages une moue dubitative puis décréta qu’elle n’aurait pas besoin de parapluie. Elle vérifia une dernière fois le blocage de son rideau métallique et d’un pas décidé marcha vers le taxi.
— Ah ! Bonjour Victor. Comment allez-vous ? Le central ne m’avait pas dit que c’était vous qui viendriez. Mais je suis contente de vous voir.
Elle jeta son bagage sur la banquette arrière et se laissa tomber à côté. Il lui adressa un clin d’œil dans le rétroviseur.
— J’ai une complice au standard. Quand c’est vous et qu’elle sait que je suis dans le secteur, elle me bipe… Où dois-je vous déposer aujourd’hui ?
— Nous allons d’abord à la Banque Gallibert-Martin. Vous m’y attendrez, je ne devrais en avoir que pour quelques minutes. Ensuite nous irons à la gare.
— C’est comme si c’était fait, mademoiselle Jouaud. Dites, le rideau de fer, le sac de voyage et la gare, ça a tout l’air de ressembler à un départ en vacances, non ? Je ne me souviens pas que vous en ayez pris cette année…
— Des vacances ? Non, hélas, ce n’est pas encore pour tout de suite… Disons plutôt que je m’octroie un long week-end, répondit-elle un peu embarrassée, déjà transportée par la pensée à cent vingt kilomètres de là, à Montrichard, prête à se blottir dans les bras de Daniel.
— Ça ne me regarde pas, mais si vous allez sur la côte, le temps n’y sera pas fameux d’après ce que dit la météo. Il devrait pleuvoir assez fort… Paraît même que ça va pas mal souffler du Golfe de Gascogne au sud de la Bretagne et que…
Victor ne termina pas sa phrase. Évoquer l’océan et ses fureurs devant sa jeune cliente risquait de la mettre mal à l’aise, voire de raviver sa peine. Il connaissait son histoire, les journaux avaient abondamment relaté la disparition dramatique de son compagnon.
Florence éprouva en effet un petit serrement au cœur. Depuis le drame elle n’était pas retournée sur le littoral Atlantique, ni sur aucun autre d’ailleurs. Il lui semblait que plus jamais elle n’aurait la force de regarder en face un océan qui avait englouti son bien-aimé et conservé son corps à tout jamais. Sa passion pour la mer s’était transformée en haine profonde, viscérale. Toutefois, il ne fallait pas qu’elle laisse ce triste souvenir obscurcir son week-end. Elle préféra répondre une banalité en faisant comme si de rien n’était, mais son émotion ne lui permit pas de maîtriser complètement les trémolos de sa voix.
— Bah ! Qu’il pleuve ou qu’il vente, Victor, l’essentiel c’est de pouvoir changer d’air, vous ne croyez pas ?
— Oui, bien sûr… Vous m’excuserez, mademoiselle…
Elle lui adressa un sourire triste et baissa la tête.
— Mais vous avez raison, s’empressa-t-il d’ajouter, avec un reste de gêne. C’est ce que je me tue à répéter à ma femme. Pourtant, elle se refuse à quitter Bourges. Elle est persuadée que quatre heures de promenade aux Prés Fichaux valent bien une semaine à la campagne. Remarquez, dans un sens, son argumentation ne manque pas de justesse… Et puis, pour tout vous dire, je ne tiens pas non plus à prendre ma voiture pour faire des centaines de kilomètres dans les bouchons, j’en fais assez toute l’année…
— Ça, je vous comprends… Moi aussi, j’ai horreur de conduire sur des longs parcours, surtout la nuit…
— Vous voici à la banque, mademoiselle. Si ça ne nous fait rien, je vais aller vous attendre un peu plus loin, là-bas, – il indiqua du doigt les emplacements réservés aux taxis –, car je n’ai pas envie de me faire aligner. Les municipaux ne rigolent pas en ce moment… Remarquez, ils vont se calmer à l’approche des élections, mais pour l’heure, ils n’y vont pas de main morte. Je ne tiens pas à leur abandonner une partie de ma recette du matin comme la semaine dernière.
— Ne vous inquiétez pas, Victor, je n’en ai vraiment que pour quelques instants, et puis, je peux faire cinquante mètres à pied. Je vous laisse mon sac…
Florence s’engouffra dans la banque. Moins de dix minutes plus tard, elle était de retour.
À onze heures trente, le taxi la déposa place du Général Leclerc. Elle régla la course, refusa la monnaie que Victor s’apprêtait à lui rendre et, après un petit signe de la main, s’éloigna d’un pas rapide.
Florence était une jolie jeune femme à la silhouette élancée, mince sans être maigre, les yeux bleus, un regard franc maquillé de façon discrète, plein de charme, des cheveux blonds, mi-longs. Elle était chaussée de souliers plats, portait un ensemble en jean fait d’une courte jupe et d’une veste ouverte sur un Tee-shirt bleu pâle à col rond.
Elle posa son sac de voyage sur l’appui d’une immense baie vitrée, ramena devant elle la petite sacoche qu’elle portait en bandoulière, sortit son billet, et leva à nouveau le nez vers le ciel, l’air inquiet.
Le temps était en train de changer. Le vent s’était renforcé. Les nuages se tassaient les uns contre les autres ne laissant plus de place qu’à de très rares petits coins de ciel bleu. Victor avait raison. Le week-end risquait d’être maussade.
Elle garda les yeux au ciel comme pour défier les puissances célestes dominant les vents et régissant les pluies, puis elle haussa les épaules.
« M’en fiche… De toute façon, il va faire beau à Montrichard ! »
Elle s’engouffra dans la gare, contourna la file d’usagers qui s’étirait devant le seul guichet ouvert à cette heure, tout en se félicitant d’être venue prendre son billet la veille. Elle le composta puis, d’un pas tranquille, alla s’acheter une revue.
Lorsqu’elle revint vers les quais, le train express régional de 12 h 03 à destination de Vierzon arrivait, presque vide. Elle monta dans la première voiture. À partir de Vierzon, le trajet se ferait en autocar jusqu’à Montrichard.
Le premier TER du matin aurait eu l’avantage de la conduire jusqu’au bout sans changement mais l’aurait fait arriver trop tôt à destination, vers dix heures. Le rendez-vous avec Daniel n’était qu’à dix-sept heures. Comment tuer le temps dans une ville inconnue pendant six longues heures ?
Au bout de quelques minutes, elle glissa dans une douce rêverie.
Elle ne connaissait de Montrichard que ce qu’elle avait découvert sur Internet, comme elle ne connaissait de Daniel que ce qu’il avait bien voulu lui dire dans des courriels de plus en plus enflammés. Sur ce point, Adeline avait un peu raison, Daniel exprimait sa sensualité sans ambages tout en se servant des mots avec délicatesse.
Elle s’était laissée prendre au jeu de la séduction virtuelle, avait dû mettre plusieurs fois le holà à l’empressement du jeune homme, se forçant à refuser l’utilisation de la Webcam, tout en éprouvant au fond d’elle-même autre chose qu’une attirance physique. Cette relation était très différente de toutes celles qu’elle avait eues avec ses correspondants ces deux dernières années. Elle était tombée amoureuse de Daniel sans s’en rendre compte.
Daniel était gai, franc, direct et, ce qui était essentiel à ses yeux, célibataire. Cependant, elle croyait pressentir que sa vie recelait un secret ou tout au moins une chose importante, sans gravité toutefois, une passion peut-être, qu’il avait passée sous silence, le rendant étrangement attirant. Ce n'était sans doute que son imagination et son esprit romanesque qui l'abusaient. Quoi qu’il en soit, il fallait qu’elle en ait le cœur net.
De son côté, elle était restée évasive sur son passé, laissant à dessein des vides lorsqu’elle avait parlé de sa brève vie avec Laurent. Plus tard, ils auraient le temps de les combler. Néanmoins, à ce stade de leur relation une rencontre était devenue indispensable. L’hypothétique ne leur suffisait plus. Elle avait envie de lui, de le regarder, de le toucher, de le sentir, d’entendre sa voix autrement qu’au téléphone, une voix qu’elle avait trouvée sensuelle. Elle avait envie qu’il pose ses mains sur elle et de vérifier que leurs corps s’harmoniseraient aussi bien que leurs esprits. Une bouffée de désir l’enveloppa dont elle eut honte. Elle eut l’impression que tous les regards étaient braqués sur elle. Elle releva la tête. Le compartiment n’était occupé que par quatre personnes qui lisaient ou dormaient. Elle se sentit idiote et s’efforça de penser à autre chose.
Le visage d’Adeline se superposa à celui de Daniel. Elle n’avait pas eu le temps de la rappeler, ni l’envie, peut-être. Elle se promit de le faire de son portable dès son arrivée à Vierzon.
Et si son amie avait eu raison sur toute la ligne ?
« Non, je l’appellerai de Montrichard. J’aurai plus de temps et davantage de choses à lui dire… Peut-être… »
Sa pensée glissa à nouveau vers Daniel. Se pouvait-il, comme Adeline l’appréhendait, qu’il ne fût qu’un aventurier sans scrupule n’ayant pour seule motivation que celle de l’accrocher à son tableau de chasse comme on épingle un papillon sur une planchette de bois tendre ? Non, c’était impossible. Elle ne devait pas penser à ce genre de chose. Il n’y avait aucune raison pour que Daniel lui ait menti.
Elle se sentit moche d’avoir eu de telles pensées et réprouva de nouveau l’attitude d’Adeline qui avait instillé dans son esprit ces doutes absurdes.
Son Daniel serait là, elle n’en doutait pas, au pied des marches du donjon à dix-sept heures comme prévu, et elle le suivrait, confiante, pour passer avec lui le plus merveilleux des week-ends. Son cœur se mit à battre différemment.
Le train s’ébranla mettant un terme à des émotions qui partaient dans tous les sens et à un raisonnement intime qui risquait de devenir négatif et d’insinuer le doute.
« Non, il m’attend… »
La météo changea du tout au tout à l’approche de Vierzon. La pluie commença à tomber dru lorsqu’elle prit place dans l’autocar assurant la liaison jusqu’à Montrichard.
Une femme corpulente, volubile, aux effluves méphitiques et vêtue d’un ciré craquelé et dégoulinant, vint en couinant s’asseoir à ses côtés avec, posée sur ses genoux, une petite cage de transport d’où s’échappaient des miaulements.
Elle se présenta sans façon d’une voix de poissarde et commença à faire des commentaires sur le temps de chien, l’inconfort des cars, le démantèlement du service public, puis sur la lenteur du chauffeur à se mettre en route.
Pressentant qu’elle allait devoir supporter son caquetage assommant pendant plus d’une heure, Florence fit mine de s’assoupir la tête contre la vitre brouillée, si bien que la jacasseuse s’endormit, les bras croisés sur sa cage et le nez au-dessus des miasmes excrémentiels de son animal de compagnie.
Au bout de dix minutes, l’odeur devenant insoutenable, Florence décida de changer de place pour s’installer au fond du car. L’imposante matrone grogna quand elle dut bouger pour la laisser passer mais, à peine rassise, reprit son ronflement.

 

© Lewandowski Jean-Noël - tous droits réservés - Pietra Liuzzo Editions

par PLe Editions publié dans : Romans Policiers & suspense
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Mercredi 25 juin 2008

Le soleil brille sur le corps dénudé d'Aurélie, Benjamin vagabonde dans les champs du bocage normand…

Dans un village savoyard, Léonce s'apprête à monter dans l'Alpage, Biribi ne le quitte pas d'une semelle…

Un drame se noue, le village de Lianceville est aux abois, le garçonnet a disparu. Indifférentes à la détresse, les heures et les journées passent…

Le berger, poète et musicien, savoure sa Savoie, il ne sait pas qu'il va croiser la route du malheur. Ses montagnes vont lui renvoyer l'écho de la mort… Tandis que dans le village normand, les secrets et les ragots les plus inavouables vont se profiler sous l'œil sarcastique et l'ombre maléfique du corbeau. Les destins vont se croiser dans une enquête poignante où la vérité, l'espoir et l'amour conduiront le lecteur sur des sentiers imprévisibles…

 

  EXTRAIT DU ROMAN :

Il fait très chaud à Lianceville. Officiellement, l’été fêtera son arrivée dans deux jours. L’herbe a jauni sous les rayons généreux du soleil. Le bocage normand semble engourdi comme un village provençal. Il y a trois sortes de gens que les conditions météo réjouissent : les touristes, les agriculteurs, et Aurélie.
Les visiteurs sont peu nombreux dans la région. Les principaux afflux touristiques se situent en juillet et août. Seul le Mont saint Michel, situé à une vingtaine de kilomètres, attire du monde toute l’année. Le mois de juin est réservé aux puristes, à ceux qui prennent le temps de musarder.
Les agriculteurs sont dans les champs, il y aura beaucoup de fourrage cette année, c’est bon pour le bétail. Contrairement à la moitié sud de l’hexagone, ici l’eau n’a pas manqué au printemps et la plupart des exploitants vont revendre une partie du fourrage et de l’herbe ensilée.

Il est près de quatorze heures, Aurélie sort par une porte située à l’arrière de la ferme. La cuisine est la seule pièce possédant une porte qui donne sur la pelouse. Elle adore cet endroit, le coin doit mesurer quinze mètres de long et vingt de profondeur. Une haie épaisse compose un mur de verdure où la sensation d’isolement est prédominante.
Elle verrouille l’huis et tire le volet. Il faut dire qu’à vingt-huit ans, c’est une belle jeune femme mince avec une poitrine ferme et un corps musclé, elle attire le regard des hommes, et elle le sait. Eric Palud est sorti quelques mois avec elle, mais elle ne l’a pas choisi. Il aurait voulu l’épouser, elle a préféré une autre vie.
Maintenant que le volet est tiré, elle se dirige vers un transat disposé au beau milieu de la pelouse. Ses gestes sont gracieux, sa longue chevelure brune se balance au rythme de son pas. Elle se baisse pour régler l’inclinaison du dossier et poser une serviette de toilette d’un blanc immaculé. La belle s’allonge sur le dos, entièrement nue. Sur son corps, nulle trace de maillot, le bronzage est uniforme, seul le marron de l’aréole de ses seins se distingue ainsi que ses poils pubiens aussi noirs que sa chevelure. Nulle obscénité dans le tableau, Aurélie ne s’exhibe pas, elle profite du beau temps, elle savoure la liberté de son corps.
Le vieux Louis Leboîteux se rince l’œil derrière les arbustes. Ouvrier agricole à la retraite, il aura soixante-dix ans le jour de la fête à Marie. Un peu simplet, il n’a jamais trouvé une femme acceptant de partager sa couche. Comme il dit souvent : « les femmes ne m’ont pas usé, moi. » Il a trouvé une petite ouverture dans l’épaisseur hermétique de la haie, il se fait discret. Il veut profiter du spectacle et surtout ne pas être vu pour pouvoir revenir à d’autres moments. Car la belle Aurélie se promène souvent dans le plus simple appareil, l’été, derrière la cuisine. Sûre d’être seule, elle n’a pas de retenue dans ses gestes.
Il l’a déjà vue faire sa gymnastique sur la pelouse mais dans cette situation, il part au bout de quelques minutes, car le spectacle le stimule trop. Il préfère s’en aller avant d’être découvert, c’est vrai que certaines postures sont à la limite du supportable.
Parfois, elle fait ses ongles de pieds. Le vieil homme se dit qu’il rêve, alors quand il est hors de portée, il se donne une claque pour vérifier s’il ne fabule pas. Il se rend à l’évidence, Aurélie ne porte pas de vêtements et cela semble une attitude normale pour elle.
Après quelques minutes, des gouttelettes sont apparues sur le ventre plat de la belle. Elles ont coulé vers son triangle frisé. Elle s’essuie avec une serviette de bain et prend un tube de produit. Aujourd’hui, Louis s’excite en la voyant se caresser le corps avec la crème solaire.
Trop stimulé par les gestes de sa voisine, il préfère battre en retraite discrètement, il terminera son après-midi en solitaire, chez lui à l’ombre du grand pommier. Il a eu sa ration de bonheur.
Au loin, un engin agricole passe, il reconnaît chaque machine, une vie dans ce milieu, ça marque son homme. Ce qu’il entend, c’est l’ensileuse à ruban de Joseph Palud, toujours à la pointe du progrès, le Joseph, un malin celui-là, se dit-il.
Louis aime bien assister aux foires agricoles. Joseph Palud l’avait emmené chercher l’ensileuse, ça lui rappelait le bon vieux temps. Maintenant les paysans n’ont plus rien à faire avec leurs mains, il y a des machines. Autres temps, autres mœurs, n’est-ce pas, Aurélie ?
Après quelques flirts sans importance, elle s’est mariée. Nombreux étaient les prétendants. L’heureux élu s’appelle Guillaume Leschain. Le cheveu noir comme son épouse, l’homme est taciturne, il cause peu, le couple mène une vie sans histoires.
Quatre mois après la noce, Benjamin est né, il a aujourd’hui sept ans. C’est un enfant plein d’entrain qui a hérité du caractère de sa mère, curieux de connaître et aimant le contact avec les copains et copines.
Le mariage d’Aurélie avec le fils Leschain a fait beaucoup jaser dans le village. Les grenouilles de bénitier s’en sont données à cœur joie. Un mariage en blanc avec une mariée qui a un ventre comme un ballon de football, pensez donc !
Guillaume était radieux, ce jour-là. Aurélie, un brin provocatrice, jubilait de voir ces mégères marmonner entre les pages de leur livre de messe.
Les parents de Guillaume appréciaient leur belle-fille. Ils n’avaient qu’un fils, et l’arrivée d’un héritier les comblait. Les jeunes époux apprirent lors de l’échographie du cinquième mois de grossesse que la cigogne apporterait un petit garçon dans son panier.
Marie-Louise Leschain, n’eut pas la joie de voir naître son petit-fils, une méningite foudroyante l’emporta trois semaines avant la naissance. Aurélie fut hospitalisée, car le risque de contamination de la mère et de l’enfant était envisageable. Par chance, il n’en fut rien. Benjamin vit le jour à terme, c’était un beau bébé tout brun.
Guillaume devint un vrai papa gâteux. Dans ses grosses mains calleuses, il prenait son enfant. Il secondait la jeune maman du mieux qu’il pouvait. Elle allaita son fils pendant près d’une année, elle aimait beaucoup cette sensation. C’est à partir de la naissance de Benjamin qu’elle prit du plaisir à se mettre nue. Lorsqu’elle allaitait, elle montait dans la chambre et quittait tout vêtement pour donner le sein à son fils. Guillaume n’y trouvait rien à redire, il comprenait les sensations vécues par son épouse et la jalousait un peu.
Henri, le grand-père de Benjamin, ne se remit jamais de la disparition prématurée de son épouse Marie-Louise. On le retrouva un beau jour dans un étang qui longeait la route nationale. Nul ne sut ce qui s’était passé. Était-ce une sortie de route due à un instant d’inattention ou bien un plongeon volontaire d’un homme au comble du désespoir ?
Guillaume subit de plein fouet ce deuxième choc, en l’espace de dix-huit mois, il avait perdu père et mère, et se retrouva à la tête de l’exploitation familiale. L’amour d’Aurélie et de Benjamin lui donnait l’énergie indispensable à la poursuite de l’activité.
Hector, le grand-père de Guillaume, habitait deux pièces à l’extrémité de la ferme. À chaque décès, il arrêtait l’horloge et ne la remontait plus pendant plusieurs semaines. Au décès de sa belle-fille, il avait perdu un peu la boussole. À la disparition de son fils, son état s’aggrava. Il invectivait quiconque se présentait devant sa porte à l’exception d’Aurélie qu’il aimait beaucoup.
Il n’y avait plus d’homme à la maison en dehors de Guillaume. Le grand-père ne sortait jamais plus de chez lui. Aurélie se trouvait assez souvent nue dans la maison, Guillaume lui demandait de faire attention, si jamais quelqu’un venait. Elle lui répondait que le chien ferait suffisamment de bruit pour l’alerter.

Il est seize heures trente. À la ferme familiale, Aurélie est rentrée préparer le goûter de Benjamin : un grand bol de lait avec du chocolat, des tartines de pain et du Nutella®. Le garçon est gourmand, il se précipite toujours sur le pot de pâte à tartiner.
« C’est bizarre se dit-elle, qu’il ne soit pas encore là. » D’habitude il ne perd pas de temps, son chocolat de l’après-midi est sacré, il lui arrive de le préparer lui-même. « Il a dû aller se promener du côté de l’étang, car je ne l’ai pas entendu depuis un bon moment. »
Elle se décide à l’appeler, point de réponse, Benjamin n’est pas à la ferme. À sept ans, il galope à travers les champs et les chemins du pays. C’est un gosse qui n’est pas sauvage, et tout le monde l’aime bien au village. Il est sûrement allé voir une copine. Il va souvent voir Virginia, sa camarade anglaise. Il y a aussi Charlène, qui s’amuse avec lui, elle est myopathe et dégage beaucoup de vitalité malgré le fait qu’elle soit dans un fauteuil roulant.
Aurélie s’est habillée d’un vieux jean et d’un tee-shirt, elle sort de la cour pour appeler à nouveau son rejeton. Le vieil Hector la regarde derrière son carreau, elle lui demande s’il a vu Benjamin. Que nenni, le vieil homme n’a rien aperçu.
Elle se dit que lorsqu’il aura faim, il finira bien par revenir au bercail, elle s’en retourne donc vers la cuisine. Au passage, Hector frappe au carreau, elle lui tire la langue, le vieillard aime bien s’amuser un peu avec elle et ces facéties égayent son quotidien.
En maman compréhensive, elle laisse le pot de Nutella® sur la table. Elle fera réchauffer le bol quand le gamin se décidera à venir goûter.
Un peu inquiète, elle se demande où peut bien être son garnement. Il est un peu rêveur, et lui arrive de se poser à un endroit et de ne pas voir passer le temps. Le soir, il raconte des histoires à sa mère, il possède une imagination débordante, s’invente des personnages et des situations en fonction des lieux et des rencontres. Sa mère aime beaucoup cet aspect de sa personnalité. Guillaume, quant à lui, aimerait mieux le voir s’intéresser à la vie de la ferme, il caresse l’espoir secret de le voir un jour lui succéder.
La seule chose qu’affectionne Benjamin dans l’activité de l’exploitation, c’est se promener en tracteur ou sur une machine dans les champs et les prés, il a la curiosité dans le sang.

© Richard Keller - Tous droits réservés - Pietra Liuzzo Editions

par PLe Editions publié dans : Romans Policiers & suspense
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Mercredi 13 février 2008

Date de parution : février 2008

Prix : 19 €

Nb de page : 364 pages

Sher, alias Anthelme Sherbrooke Blanchard , professeur de littérature dans un lycée du Calaisis, s'apprête à aller prendre quelques semaines de vacances dans son cabanon pour tenter de se remettre d'une série de désillusions qui l'ont exténué.

Une singulière enveloppe, déposée dans sa boîte aux lettres la veille de son départ, par une main anonyme, va contrarier ses projets.

Dès qu'il prend connaissance de son contenu, une force étrange lui fait revivre avec violence des périodes de son enfance peuplées d'angoisses, et le pousse à prendre la direction de Ruineuil, village qui, trente-quatre ans plus tôt, fut le théâtre du meurtre, jamais élucidé, de Félix Weiss, le ferrailleur.

Lorsque Sher y arrive, l'unique rue du village est déserte. La chaleur est étouffante. Les deux personnes qu'il rencontre lui donnent l'impression qu'il est à la fois attendu et dérangeant.

Alors qu'il s'apprête à repartir pour son cabanon, une inconnue lui impose par téléphone un rendez-vous auquel il accepte de se rendre.

Ce qu'il ne sait pas encore, c'est que cette rencontre va sceller son destin…

 

 

En savoir plus sur l'auteur : http://jean-noel.lewandowski.fr

 

 

Extrait du livre :

 

D'instinct, nous nous regroupâmes au milieu de la salle comme si nous avions voulu nous mettre hors de portée des objets qui, dans la faible lueur, ressemblaient à des bestioles menaçantes. Les uns pendaient aux murs, les autres étaient tapis au sol, comme prêts à bondir.

Il y avait là des tenailles, des griffes de fer, des étrilles, une roue garnie de pointes, des tas de cordes et d'autres outils qui, de toute évidence avaient servi à torturer. Un bat-flanc muni de menottes aux quatre coins occupait un angle de la pièce. Dessous il y avait un tas de vêtements bariolés, et des masques de tragédie antique.

Une étroite échelle de fer descendait d'une large bouche d'aération percée dans le plafond. L'air qui en descendait sentait la putréfaction. Des lampes à pétrole disposées dans des niches multipliaient nos ombres vacillantes. Elles prouvaient que l'endroit avait récemment reçu de la visite.

— Manque plus que le tourniquet, la chaise à clous et l'estrapade, murmurai-je. Pouvaient se rendre compte de rien, là haut... La voilà ta deuxième sortie, Joscelyn...

— Tout ça me glace le sang, murmura-t-il. Nous ne devons toucher à rien, surtout... Les empreintes... dépêchons-nous de sortir d'ici et de prévenir les autorités. Pour le coup, ils vont vraiment être débordés... Cette affaire nous dépasse, vous n'êtes pas de mon avis ?

— Tu m'étonnes... Je ne reste pas une minute de plus dans un endroit pareil. Faites ce que vous voulez, moi je me tire, gémit Manuel en se dirigeant vers la sortie. On se croirait dans des caves à tombes.

— Des catacombes ! Manuel. Qu'est-ce que tu fais, Jos ?

Le prêtre extirpa de sa sacoche un goupillon, une fiole et un crucifix.

— Cet endroit est mauvais...

— Tu dérailles, mon pauvre Joscelyn... On n'a pas de temps à perdre. C'est des foutaises, tout ça...

— Écoute, des atrocités ont été commises ici, Sher, affirma-t-il en me regardant droit dans les yeux, tu comprends ? Nous pouvons nous associer dans la prière pour lui donner plus de force, si vous voulez...

Chacun est maître dans son domaine. Celui-là n'étant pas le mien, je laissai mon pote le curé se conformer à ce que le droit canon lui avait enseigné et allai l'attendre près de la sortie.

Il fit seul le tour de la salle en psalmodiant et en aspergeant les murs d'eau bénite. Ce rituel de désenvoûtement ressemblait trop à de l'occultisme pour que je m'y associe. Des pratiques d'un autre âge, selon moi, tortures contre eau bénite, qui avaient traversé les siècles pour arriver jusqu'à nous, jusqu'à se confronter dans ce maudit souterrain. Je doutais que Joscelyn soit habilité à s'adonner à ces rites. Cependant, il me surprenait par sa détermination et son calme. Je me trompais quand je disais bien le connaître.

Il est vrai que Stéphane n'était pas un simple tueur. Il était affecté d'une anormalité mentale et physique le rendant capable d'agir sur l'existence humaine et de la détruire de la pire des façons. Pourtant, à ma connaissance, il ne s'était jusqu'à présent attaqué qu'aux plus faibles, Weiss et Peter. Était-il vraiment possédé ? Si c'était le cas, si le mal personnifié avait hanté ces lieux, Joscelyn pouvait avoir raison d'agir comme il le faisait. Je frissonnai.

Manuel me secoua l'épaule : « Dis donc, Sher, tu comptes rester là longtemps ? »

— J'arrive, dis-je d'une voix lasse...

J'attendis que Joscelyn finisse de ranger son attirail et sortis en dernier. La corde restée en place facilita notre remontée. Il nous fallut moins de dix minutes pour retrouver l'air libre. L'orage avait tout détrempé.

Il y avait encore de la lumière sous le porche de Talamanca. J'eus le pressentiment qu'il s'y passait des choses graves.

 

© Lewandowski Jean-Noël - tous droits réservés.

 

Tous les renseignements pour se le procurer :

 

http://www.pietraliuzzo.fr/commandeLivres.htm

par Pietra Liuzzo publié dans : Romans Policiers & suspense
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Jeudi 26 juillet 2007

Date de parution : 01/08/2007

Prix : 14,90 euros

Nb de page : 154

 

Présentation :

La nuit de ses trente ans, Lucie, lieutenant de police, fait un rêve aussi étonnant que bouleversant.

Soulagée à son réveil que ce ne soit qu'un cauchemar, son trouble s'accroît cependant, le lendemain matin, quand elle aperçoit les titres d'un journal....

Mais elle n'était là qu'au début de ses surprises....

Sans pour autant parvenir à expliquer tous ces mystères, elle comprit cependant que ces étranges indications pouvaient l'éclairer dans une sombre affaire.

Mais comment allait-elle s'y prendre ? Trouvera-t-elle le chemin de la vérité ?

 

Extrait :

Quand elle se réveillait, rien n'avait changé. Ses affaires n'avaient pas bougé et tout était resté en place. Et pourtant…

Si les nuits se succédaient sans se ressembler, elles paraissaient toutes si réelles qu'elle en venait à douter qu'elles ne soient qu'imaginaires.

Que se passait-il ? Comment tout cela était possible ? Comment expliquer l'inexplicable ?

Sa vie, l'essence même de celle-ci, s'était métamorphosée depuis que ses nuits étaient si riches. Le souvenir de ses péripéties nocturnes la hantait tout au long de ses journées. Ce qu'elle ressentait à chaque fois était si fort, si réel, que cela ne pouvait pas ne pas avoir été vécu. Cela ne pouvait pas n'être qu'un rêve. Elle les revivait continuellement, et les images étaient si nettes, qu'elle en venait à se demander si l'existence qu'elle menait la journée était plus réelle que celle qu'elle vivait durant ses rencontres nocturnes.

***

Tout a commencé, le jour de ses trente ans, jour d'un bilan bien morose où sa vie lui paraissait dénuée de sens. Elle avait, cette nuit là, fait un rêve d'une portée telle que ses journées en furent bouleversées. Son soulagement était tel au réveil qu'il l'avait emporté une heure durant vers une quiétude inconnue jusque là.

Qui était-elle ? Quel sens donner à tout cela ? Quelle existence menait-elle réellement ?

Cette première fois, cela avait été si court mais si intense.

***

C'était un petit garçon. Il jouait seul, triste quand elle s'approcha, intriguée. C'est là que tout avait commencé.

Alors qu'elle s'apprêtait à lui demander ce qu'il faisait là, elle se rendit compte, qu'elle l'entendait. « C'est fini, c'est fini. »

Rien d'étrange à cela, si ce n'est qu'il ne la regardait pas, et ne semblait même pas percevoir sa présence. Mais elle, elle savait.

C'était Tom. Dans le bac à sable du jardin, il s'évertuait à oublier, ne plus se rappeler cette soirée tragique où sa vie avait basculé. Si petit mais déjà si grand.

Que faisait-elle là ? Pourquoi tout lui paraissait si évident alors que rien ne laissait paraître l'impensable ? Pourquoi tout lui semblait si clair alors que tout était si sombre et obscur ?

 

© Sandra Lemage - Tous droits réservés

- ISBN 978-2-916685-06-9

Pour en savoir plus sur l'auteur : http://sandralem.free.fr

Pour le commander : dans toutes les librairies francophones.

Egalement chez l'auteur avec une dédicace.

Chez l'éditeur : http://pietraliuzzo.fr

ou encore à la Fnac, chapitre.com, amazon, alapage.com.

 

par Pietra Liuzzo publié dans : Romans Policiers & suspense
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Samedi 4 novembre 2006

Date de parution : 25 août 2006

N° ISBN : 2-9526036-2-6

Prix : 20 euros

 

 

4e de couverture :

Philippe Bonjour perd son emploi de commandant de bord à la Kerries Airlines. Par un heureux hasard, il hérite au même moment d'une propriété, "Les trois cailloux", à Bazoches-sur-Hoëne, dans le Perche Ornais.

Pour lui, quoi de plus naturel alors que de s'y retirer en compagnie de son épouse Véronique, afin d'y mener une paisible existence de gentleman farmer ?

Or, le destin semble en avoir décidé autrement.

Peu après son installation au domaine, le solide quadragénaire se trouve plongé au coeur d'étranges évènements sur lesquels il ne parvient à exercer aucun contrôle.

Doutes et inquiétudes s'installent dans son esprit qui commence à vaciller tandis que de douloureuses dissensions gangrènent son couple.

Qui, en secret, tire les ficelles des scénarios nocturnes à répétition dont Philippe est, malgré lui, le héros épuisé ?

Deux sympathiques personnages, un jeune vicaire non-conformiste et son ami commissaire de police en vacances, que le destin place sur la route de Philippe parviendront-ils à empêcher que le piège diabolique ne se referme sur lui ?

 

Les auteurs :

Danielle Akakpo, née en 1944 à Saint-Etienne, est revenue y vivre en 1983, après quelques années d'éloignement pour raisons professionnelles. Passionnée de musique et de littérature, elle se consacre à l'écriture depuis 2002.

Jean-Noël Lewandowski, né en 1947 en Artois, vit aujourd'hui en Loir-et-Cher. Issu d'une famille fortement impliquée dans l'expression artistique, il a très tôt marqué une préférence pour les arts plastiques et la musique avant de venir à l'écriture en 1997.

 

Un extrait :

Alors qu'il était pris dans un faisceau de sensations contradictoires, son rêve fut brutalement interrompu. Il eut envie de crier sa frustation mais aucun son ne parvint à franchir ses lèvres.

- Vous ne pouvez pas rester ici, monsieur ! Vous entendez ? Levez-vous !

Philippe garda les yeux clos. Il tenta de repartir auprès de la jeune femme, pour qu'ils se protègent mutuellement de l'indéfinissable menace, mais ses efforts restèrent vains.

Il eut le sentiment à la fois coupable et désagréable qu'ils étaient contraints à un abandon réciproque.

Il cessa de lutter et laissa la voix le pénétrer.

Elle était énergique bien que teintée de douceur. Il sentit qu'on lui touchait la jambe par petits coups, fermement, sans malveillance.

Ce contact mit fin tout à fait à ses interrogations quant à la signification de son rêve. Très vite son souvenir s'estompa.

- Vous ne pouvez pas rester là, monsieur, reprit l'inconnu.

Philippe tourna lentement la tête dans sa direction. L'homme insista.

- Vous m'entendez ? Comprenez-vous ce que je vous dis ?

- Qu'est-ce qu'il y a ?

 

Tous droits réservés - Danielle Akakpo & Jean-Noël Lewandowski

Où trouver ce livre :

Dans toutes les librairies francophones, Fnac, decitre, amazon, etc.

Chez l'éditeur : http://www.pietraliuzzo.fr

 

 

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