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Mercredi 19 décembre 2007

Date de parution : 30 décembre 2007

Prix : 15 euros

 

C'est avec respect et émotion que l'auteur s'est appliquée au fil des années à recueillir auprès des membres de sa famille encore vivants, anecdotes et souvenirs, parfois attendrissants, parfois difficiles et même terribles lorsque les secrets de famille sont entachés d'opprobre et de mystère.

Avoir 5 ans pendant la seconde guerre mondiale, en Sicile, pour une petite fille sans maman, ce n'est déjà pas facile.

L'histoire se corse lorsque le père, juste avant le débarquement des alliés sur les côtes siciliennes, décide de "vendre" la petite Lucia à un jeune couple sur la foire aux bestiaux de Catane.

Lucia, n'est pas seule. Sa petite tribu (1 frère et 6 soeurs) espère son retour, tout en subissant les aléas d'une guerre qui s'accentue à partir du 10 juillet lorsque les nouveaux envahisseurs (américains, anglais, canadiens) chassent les premiers (allemands) vers le nord. Et il y a Chiara aussi, la "mamina", fillette de 12 ans qui a pris la place de la mère et dont le rêve est de... mais chut ! Secret ! Secret de famille !

Alors "Un été sicilien" ou enfances en guerre, c'est la vision et le ressenti d'une dizaine de petites graines siciliennes, enfants malmenés par la vie, mais jamais pathétiques, jamais désespérés, toujours prêts à découvrir le meilleur derrière l'ignoble, à découvrir le bonheur derrière les horreurs de la  guerre. Faites attention aux rêves des petites filles siciliennes, un jour ils se réalisent ! Et leurs vengeances aussi ! N'est-ce pas Chiara ?

 

Site de l'auteur

Extrait :

Si avissi pignateddu, ogghiu e sali,

facissi pani cuttu, si avissi pani !

Si j'avais une marmite, de l'ail et du sel,

Je ferais du pain cuit, si j'avais du pain

Le 3 novembre 1942, les Allemands subissent leur première défaite terrestre face aux Britanniques à El-Alamein en Libye. Cinq jours plus tard, les Américains débarquent en Afrique du Nord. En mai 1943, ils atteignent Tunis et les forces de l'Axe sont chassées d'Afrique.

Le 13 mai 1943, la campagne de Tunisie est terminée : les alliés sont maîtres de l'Afrique du Nord et peuvent donc entreprendre de nouvelles opérations : l'objectif que les alliés ont à présent dans le collimateur est la Sicile.

Le 28 mai 1943 en Sicile, un chasseur P-40 et un B-26 Marauder américain frappent quatre aérodromes et subissent un feu nourri des défenses anti-aériennes.

Aux premières lueurs de l'aube, le chant des oiseaux réveille la jeune Chiara comme tous les matins. La chambre de ses petits frères et soeurs, la seule pièce de l'étage, ancienne grange de l'antique bâtisse en pierres et en bois, donne sur la campagne. La maison de Don Vittorio, est la dernière du village. De la terrasse, la vue offre le spectacle désolant de terres agraires abandonnées. Quelques vergers verdissent encore le paysage sec, mais l'activité agricole est en suspens depuis le début de la guerre. Les services de l'armée italienne ont enrôlé tout ce qu'ils ont pu trouver d'hommes valides. Ne restent plus que les enfants, les vieillards et quelques privilégiés aux obscures raisons politiques ou personnelles, comme Don Vittorio. Les mines de soufre de la province voisine sont désormais fermées. Les récoltes des grandes fermes sont réquisitionnées par le gouvernement. Les femmes font ce qu'elles peuvent pour subvenir aux besoins de leurs familles. Un petit potager, entretenu avec peine, non loin de leur maison de village, leur donne de quoi les nourrir elles et leur famille, jusqu'à l'orée de l'hiver pour les produits frais, et au-delà pour les légumes secs comme les haricots, les fèves ou les pois. Les pommes de terre aussi sont appréciées. Quelques volailles et lapins permettent aux plus chanceuses de ces familles de pratiquer le troc avec les citadins de passage. Les rapines des grands frères agrémentent de temps à autre l'ordinaire. La solidarité et la débrouille font le reste. Chanceux sont ceux qui connaissent un pêcheur dans la parenté. Les poissons remplacent avantageusement la viande devenue un luxe sur toute l'île.

Les bombardements sont plutôt rares et ne touchent pas encore les populations des campagnes. La vie se poursuit tant bien que mal. Cependant, il faut encore subir les aléas de la guerre. Les soldats italiens alliés aux unités allemandes ont pris position pour surveiller les côtes d'une part et l'intérieur de l'île d'autre part, en investissant collines et bois. En effet, l'île est défendue par la Sixième Armée italienne qui compte plus de 200 000 hommes au moral plutôt bas, troupes à l'état catastrophique, appuyées par une seule unité de Panzer constituées de jeunes recrues allemandes. Des unités de surveillance qu'il vaut mieux éviter de rencontrer ou de voir débarquer chez soi. Leurs passages dans les fermes sont immanquablement suivis de larmes et de grincements de dents, car forts de leur statut de combattants, les soldats italiens prélèvent leur butin de guerre sur les réserves de nourriture et surtout dans les poulaillers ou les clapiers.

Lorsqu'elle va à la corvée de l'eau, Chiara entend souvent les commères raconter les derniers faits divers. Les soldats réquisitionnent les maisons et les granges, ils volent et violent tout ce qui tombe sous leur main. Et les admonestations indignées mais tardives, et les plaintes pieuses adressées au ciel apportent alors au village une couleur dramatique digne des plus grands mélodrames. Les vieilles se signent, les femmes portent leurs mains à leurs visages comme si elles voulaient se cacher d'hypothétiques violeurs, les petites filles hésitent entre rires et larmes ne comprenant pas vraiment la portée des évènements relatés. Puis le calme revient lorsque le curé, tout en objurgations, leur commande une conduite digne et respectable devant Dieu et les hommes. Chacune repart alors avec la charge d'eau, qui sur la tête, qui sur l'épaule, ou au bout du bras, ruminant dans le cœur idée de fuite pour la plus timorée et idée de vengeance pour la plus intrépide, comme Chiara. « Que ne suis-je un garçon ? Ils verraient, ces porcs, de quel bois je me chauffe ! » Car le malheur tombe sur la pauvre fille violentée. Désormais souillée, elle ne connaîtra plus le respect ni de sa famille, ni des hommes. Plus personne ne la voudra. Vieille fille elle restera, à moins qu'elle ne quitte le pays et trouve asile en un lieu plus ouvert et plus tolérant. Chiara se souvient de la douce et belle Assunta. C'était avant la guerre, mais les mœurs et les évènements n'étaient guère différents en temps de paix. Ce qui fait penser à la petite Chiara qu'il n'y a pas de paix chez les miséreux. Jamais. Des actes de barbarie, il y en a en tous temps, de guerre ou de paix. Assunta du haut de ses quatorze ans, pure beauté brune aux lignes fines, était l'image même de la candeur et de l'innocence. Son seul péché fut de se trouver sur le chemin d'une de ces bandes de maraudeurs que la mafia envoyait pour prélever le tribut aux fermiers. Fromages, volailles, jambons, légumes… cependant d'autres appétits furent assouvis ce jour-là. Pour le grand malheur de la jeune fille. De dépression en névrose, elle finit par se pendre chez elle, dans la maison où personne ne lui adressait plus la parole. De petite fille, elle devint en un seul jour, fille perdue. Sacrifiée sur l'autel du sacro-saint honneur de la famille.

© Liza Lo Bartolo Bardin - Tous droits réservés

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par Pietra Liuzzo publié dans : Romans Collection Sicile
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Dimanche 1 avril 2007

Date de parution : 05 avril 2007

ISBN : 978-2-9526036-4-5

Prix : 14,90 €

Palerme 1960.

Maria, une jeune prostituée, accouche d'une petite fille qu'elle prénomme Vittoria. Au cours d'un voyage imprévu, la jeune maman disparaît mystérieusement. Son amie de galère, Paulina, elle-même sous le courroux d'un souteneur, doit prendre une lourde décision quant à l'avenir de l'enfant, devenue orpheline. 

Extrait :

1960 - Palerme, Sicile 

— Allez pousse, il arrive !
Paulina prit la tête du bébé dans ses mains et l’aida avec délicatesse à sortir des entrailles de la jeune mère. Cette dernière émit un hurlement de douleur qui résonna dans la petite chambre où logeaient les deux femmes.
— C’est une fille, Maria ! C’est une petite fille ! annonça fièrement Paulina.
Maria, épuisée par l’accouchement qui avait duré plus de quinze heures ferma les yeux et s’endormit après avoir aperçu son enfant. Quelques secondes plus tard, le nourrisson criait pour la première fois, sous l’œil attendri de la sage-femme improvisée.

***

La nouvelle accouchée émergea d’un sommeil qui l’avait apaisé.
— Paulina ! appela-t-elle.
Aucune réponse. Il n’y avait personne dans la chambre.
— Paulina ! Où es-tu ? cria-t-elle, plus fort.
La porte s’ouvrit brusquement. L’interpellée entra toute paniquée.
— Je suis là, Maria, je fumais juste une cigarette dans le couloir. Que se passe-t-il ? Tu as mal quelque part ? s’inquiéta-t-elle.
— Non, je veux voir mon bébé. Où est-il ?
— Tu veux dire, où est-elle ? Je l’ai laissé à Carla. Il fallait que tu te reposes après cette belle épreuve. Et puis, elle a plus l’habitude que moi.
— Veux-tu bien aller la chercher, s’il te plaît ?
— Bien sûr, j’y vais, répondit Paulina. Au fait, le médecin passera te voir tout à l’heure. Je l’ai appelé après que tu te sois endormie.
— Bien, Merci Paulina.
— Il est quatorze heures ! Tu as dormi deux belles heures, ma chère Maria.

Restée seule, Maria repensa aux dernières heures passées, elle se sentait heureuse. Elle allait enfin tenir son enfant dans ses bras, quel bonheur !
Elle s’assit sur le lit, prit une grande pince à cheveux posée sur le chevet en bois, près d’elle et, attacha sa longue chevelure d’un blond doré en un chignon bas sur la nuque. Sa couleur si claire attirait, à son goût, beaucoup trop le regard des hommes. Elle pensait parfois la teindre en sombre mais Gino, son souteneur le lui avait strictement interdit. « Cette chevelure est ton meilleur atout, ne t’avise pas de la couper ou d’en changer la couleur », disait-il à chaque fois qu’elle y pensait. La jeune femme avait hérité de sa mère, cette belle crinière aux reflets chatoyants. Une mère originaire de Venise. Non qu’elle regrettât cet héritage mais certains clients attirés par une couleur de cheveux rare sur l’île fantasmaient très vite sur elle. De ce fait, elle devint la prostituée la plus en vue du quartier. Ce qu’elle n’avait jamais recherché.
D’une pensée à l’autre, Maria repensa à sa pauvre maman, laquelle ne s’était jamais faite à la vie sicilienne, très différente de l’Italie du Nord. Malgré l’amour qu’elle vouait à son mari et une vie épanouie, son vœu le plus cher avait toujours été qu’ils puissent partir vivre hors de l’île avec leur petite Maria. Combien de fois la petite fille avait entendu Bianca conseillant à Roberto de vendre leur propriété de Trapani pour acheter du côté de la Vénitie.
Malheureusement, il lui rappelait sans cesse qu’il lui était impossible de se défaire du domaine légué par ses parents, qui eux-mêmes l’avait hérité de leurs parents, ainsi depuis quatre générations.
Lorsque Roberto décéda, Maria atteignait à peine six ans et le souhait de Bianca aurait pu à ce moment-là, se réaliser. Quitter enfin cette île bien que merveilleuse mais où elle ne s’adaptait pas. En faisant ce choix, la veuve y vit comme une trahison envers son défunt époux. Elle resta donc en Sicile avec leur petite fille.
La famille de la jeune veuve organisa rapidement son remariage avec un homme d’apparence tendre et honnête qui se révéla par la suite autoritaire et égoïste. Bianca avait bien essayé de convaincre ses parents qu’elle n’avait pas besoin d’un autre homme dans sa vie mais rien n’y fit. « Tu ne peux pas rester seule avec une enfant, il faut te trouver un nouveau mari ! » avait décrété sa mère, venue de Venise, pour l’enterrement de Roberto.
Pauvre Roberto ! À peine était-il sous terre, qu’elle devait reprendre un mari, pour rassurer sa mère. Comment lui faire comprendre que son cœur gardait intact l’amour du père de Maria ?
Aux fils des mois, devant l’insistance de sa mère, elle n’avait plus osé s’opposer à cette nouvelle union.
Un an de deuil fut, évidemment respecté et Bianca devint l’épouse d’Ernesto Cabaliero. Ce dernier, ravi de mettre la main sur une aussi grande et belle exploitation se chargea à sa façon de la gérance des biens. Bianca ne l’intéressait pas plus que cela, quant à la petite Maria, il évitait qu’elle soit là, quand il rentrait des champs. Sur son ordre, une nourrice avait donc été engagée pour l’enfant malgré les protestations de Bianca.
Les ouvriers agricoles ne mirent pas longtemps à s’apercevoir que leur nouvel employeur était un gredin, doublé d’un égoïste sans cœur. La vie à Trapani changea radicalement…

© Pietra Liuzzo - Tous droits réservés

 

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