Date de parution : février 2008
Prix : 15 €
Nb de pages : 254

De nouvelles en récits, le lecteur est pris sans cesse à contre-pied, en bascule permanente, entraîné « à l'insu de lui-même » dans l'inattendu et l'imprévisible. Une imagination sans bornes dans un monde souvent incompris, à la limite du réel et de l'inconnu.
Mettant en scène des endroits aussi variés que le Chili, la Turquie, la Tunisie, les Alpes-Maritimes et le Faucigny qu'il affectionne plus que quiconque, l'auteur manie le sens du détail et de l'observation, les mettant au service d'un mot richement choisi et d'un écrit chatoyant pour éveiller notre imaginaire. Et si c'était vrai, et pourquoi l'absurde et l'impossible ne prendraient-ils pas le pouvoir, tel ce dédale kafkaïen en ex-RDA ou ce complot des ordinateurs, ou même encore cette improbable rencontre avec Ben Laden !
L'humour y est tantôt glacial, disséquant ses semblables sans aménité, tantôt empreint d'humanité et de toute cette sensibilité qui transparaît à travers le texte.
Patrick Tissier "le Dauphiné Libéré"
L'auteur
Si vous osez quitter les rives connues, vous pourrez croiser l'auteur dans les lieux les plus insolites de notre planète, ceux qu'il a décrits dans ses nouvelles. On dit aussi d'Olivier Bailly qu'il vit dans les Alpes Maritimes et qu'il consacre son temps à un joli collège bleu comme le ciel niçois, mais ce n'est qu'une piste parmi d'autres...
Son site web : http://bailly.olivier.free.fr/
Un extrait du livre :
TRIP IN TUNISIA
Chapitre 1
Assise sur sa natte, Alice Bureau retira son cheich, son pantalon puis sa chemise.
Un litre d’eau suffirait à sa toilette complète, comme à chaque étape du soir. Question d’organisation.
Sous l’horizon sans limites du grand Erg oriental, le sable blanchi dans la fournaise de la journée commençait à dorer au soleil couchant.
Les dromadaires, bien qu’entravés, étaient déjà à bonne distance sautillant en zigzag et mâchouillant avec délice les épines des acacias et les branchettes d’armoise.
Alice Bureau avait conscience qu’elle était une tentation pour les deux chameliers, Mohamed et Mohamed et, de fait, ceux-ci faisaient des efforts louables pour ne pas admirer directement cette grande femme blonde accroupie qui faisait ses ablutions le plus naturellement possible, en tenue légère.
Tout juste la lorgnaient-ils à la dérobée, mine de rien, en tout cas, le croyaient-ils.
— …Mohamed et Mohamed, ça fait vraiment penser à Dupont et Dupond, songeait la belle étrangère, à cela près que ces Mohamed sont plus au point que les Dupondt de Tintin pour s’orienter dans le désert.
Elle esquissa un petit sourire.
— … en plus, avec leur djellabah brune et le cheich vert qui couvre leurs visages, je pourrais bien les confondre. Je pourrais leur conseiller de porter une moustache en « T » ou en « D » comme les personnages d’Hergé.
De toutes façons, dès leur premier contact, Alice avait décrété que comme tous deux portaient le même prénom, elle les numéroterait Mohamed 1 et Mohamed 2.
Accoutumés aux frasques des clients, les deux guides n’en avaient pas pris ombrage.
Pour l’instant, une discussion animée opposait les deux hommes et ceux-ci, persuadés que la roumia ne les comprenait pas, parlaient haut et fort.
Ils ne pouvaient pas savoir que 15 ans auparavant, Alice avait été professeur de français à Oujda, au Maroc et qu’elle avait profité de ce séjour pour apprendre la langue du pays.
Certes, le Tunisien et le Marocain présentent des différences mais elles restent minimes, et la jeune femme saisissait pleinement leur conversation :
— …يوجد خطأ (Il y a quelque chose qui ne va pas), moi je te dis que cette bint (fille) a quelque chose de différent des touristes qu’on promène, disait le premier. Regarde-là, d’habitude les clients viennent nous parler, ils nous proposent de nous aider. Elle, elle est toujours à l’écart et si sûre d’elle…
— C’est un أُسْتاذ (professeur), rétorquait l’autre, et, tu le sais bien, beaucoup sont comme ça. Ils connaissent tout de tout et se croient supérieurs aux autres, peut-être à force d’être avec des enfants.
— Et moi je te dis qu’elle n’est pas plus ousstaz (professeur) que toi et moi. Regarde son paquetage, comme il est bien fait. On dirait celui d’un joundi (soldat).
Mohamed 1, posant la gamelle sur le feu de bois poursuivit avec véhémence :
— Et si, par hasard, elle venait repérer nos itinéraires comme ces Italiens qui ont monté une agence de méharée pour nous prendre notre travail ? Tu ne trouves pas bizarre qu’elle nous ait loués avec cinq dromadaires pour elle toute seule et sans passer par une agence ? D’habitude, ils viennent à huit ou dix, les touristes. Et aussi pourquoi elle n’a pas voulu faire le circuit habituel de Tembaïne à Ksar Guilane ?...
Mohamed 2 sourit tout en essuyant pensivement un concombre :
— Tu te poses trop de questions. Elle paye, c’est l’essentiel. Et puis ça la regarde si elle veut être seule avec deux beaux hommes comme nous. Peut-être qu’elle a de gentilles intentions pour nous. Regarde déjà dans quelle tenue elle est. Et si c’était pour nous séduire ?… lança Mohamed 2 d’un ton égrillard.
— C’est toi qui travailles dans ta tête. Tu es un obsédé et je te conseille de ne pas essayer quoi que ce soit avec elle. En plus, moi je te dis que ce n’est pas normal qu’elle veuille aller loin après les puits de Mida et de Darlah. Il n’y a rien après ces puits. D’ailleurs, en général, les français ne connaissent même pas les noms des endroits où on les amène alors qu’elle…
La discussion allait bon train.
Il n’est pas rare que des européens, voyant deux arabes discuter, vu leurs gestes, le verbe haut et les sonorités rugueuses de la langue, croient qu’ils se disputent. Alice, elle, tout à la fin de sa toilette, saisissant chaque nuance de leurs propos, voyait bien que le différend n’était pas grave mais se disait en son for intérieur :
— Vraiment Mohamed 1 n’est pas bête du tout. Il observe bien et n’est pas loin de la vérité. Il va falloir que je redouble de prudence vis-à-vis de lui. Quant à ce balourd de Mohamed 2 il n’est pas prêt de pénétrer dans mon sac de couchage, mais il me faudra aussi me méfier de lui…
Elle était contrariée car effectivement elle n’était pas vraiment professeur ou plutôt ne l’était plus tout à fait. Elle avait bien enseigné pendant dix ans, en tant que coopérante à l'étranger mais un jour, une convocation à l'ambassade de France à Rabat, en 1991, suivie d'une rencontre avec un certain J. Claude C... avait impulsé un sacré tournant dans une carrière qui s'annonçait toute tracée, voire monotone, même si elle avait choisi de la mener hors des frontières.
A suivre...
© Olivier Bailly - Tous droits réservés
Pour se procurer ce livre : http://www.pietraliuzzo.fr/commandeLivres.htm
ajouter un commentaire commentaires (0) recommander
Commentaires