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Mercredi 25 juin 2008

Après un divorce, Irène, la quarantaine, vit avec sa fille Solenne. En plein conflit, mère et fille se séparent le temps d'un été avant de prendre une décision qui changerait leur quotidien…

Irène, désemparée et plus seule que jamais, éprouve le besoin de retrouver son amie d'enfance, Patricia, perdue de vue depuis vingt ans !

Réussiront-elles à renouer avec ce lien si particulier qui les unissait alors ? Le passé les aidera-t-il à prendre le pas sur leur destin ?

« Le roman de Marie-Laure Bigand est une chanson que vous n'attendiez pas, un refrain qui vous fait du bien, des phrases simples mais tellement justes, souvent très vraies, et qui vous vont droit au cœur parce qu'au fil des pages, leur mélodie vient en harmonie avec votre propre musique existentielle » Philippe Raimbault, Président de l'Association « Mots Migrateurs »

Après une nouvelle publiée en 2004 et un premier roman paru en octobre 2005, Marie-Laure Bigand confirme avec ce nouvel ouvrage son talent et son émotion d'écrivain . Elle vit en région parisienne, dans un charmant village où elle laisse son imagination vagabonder au rythme de la nature environnante…


EXTRAIT DU ROMAN :

-  « Raz le bol ! Marre de tes principes à la con ! »

Vlan !

La porte claqua violemment, les murs de placoplâtre vibrèrent, les cadres oscillèrent. Je me mordis la lèvre inférieure pour me contenir tandis que mes ongles s'enfonçaient dans les paumes de mes mains. Avant j'aurais explosé, le ton aurait monté, et nous nous serions jetées des mots horribles, incontrôlés, blessants, dans un face à face houleux, laissant une inévitable impression de malaise et d'incompréhension. Aujourd'hui, je prenais sur moi pour ne pas aggraver une situation délicate. Depuis plusieurs mois, nos rapports étaient devenus étouffants et je ne savais plus vraiment comment réagir.

 

Notre première dispute remontait à un peu plus de six mois. Je pensais que nous avions trouvé un équilibre dans cette vie réaménagée, jusqu'à ce dimanche matin où Solenne m'avait lancé : « c'est ta faute si papa est parti ! » Je l'avais regardée, étonnée, lui demandant pourquoi elle m'agressait ainsi. Elle n'avait pas répondu tout de suite mais de ses yeux avaient surgi une étincelle de colère, qui, depuis, apparaissait dès que nous commencions à nous accrocher. Je n'avais pas été préparée à essuyer un tel affrontement. Je n'avais surtout rien vu venir ! Ces six derniers mois me faisaient l'effet d'un duel permanent. La colère, les cris, les larmes avaient accompagné des joutes verbales éreintantes. Maintenant je me contrôlais. A quoi bon répondre à une adolescente de quinze ans, à l'affût du moindre prétexte pour déverser un trop plein de sentiments mal maîtrisés. J'avais arrêté un beau jour d'être son exutoire. Ma passivité feinte l'avait surprise, le ton s'était adouci. Enfin ! Avais-je pensé, l'accalmie ! Le répit avait été de courte durée, et les attaques étaient revenues, plus acerbes. Son exaspération s'était accrue devant mon calme apparent. Comme elle ne pouvait plus décharger son agressivité en me contredisant, elle me meurtrissait par des mots. Cette solution était pourtant la meilleure. Au bout d'un moment elle partait en claquant la porte très fort, vociférant jusqu'à sa chambre d'où le silence retombait, brutal.

 

J'encaissais de moins en moins son attitude. Elle perdurait et son père, en parfait égoïste, ne m'aidait pas beaucoup. Je détestais lorsqu'elle revenait de ces week-ends mensuels. Tout était génial avec lui ! Et sa compagne, n'en parlons pas ! « Super cool, trop sympa. » Ils lui cédaient tout, alors évidemment je passais pour une mère tyrannique et sans cœur. Pour éviter d'aggraver la situation, je gardais pour moi mes réparties tout en restant ferme sur mes engagements. Une fois le « non » fatidique prononcé, je ne revenais plus en arrière. Je subissais alors les attaques de Solenne, nos regards se mesuraient, et à bout d'arguments, elle me jetait une phrase théâtrale pour ne pas perdre la face. J'étais très stricte sur l'éducation et je tenais bon ! Je n'attendais aucun soutien de mon ex-mari. Amoureux comme un adolescent, il vivait sur son petit nuage, à mille lieux de la réalité !

Solenne m'échappait un peu plus chaque jour. Nos conversations se bornaient à des conflits perpétuels. J'avais conscience cependant que ces rapports de force maintenaient un ultime lien entre nous. Je préférais sa colère au silence, bien plus dévastateur. Elle me défiait en permanence, par jeu ou par réelle antipathie à mon égard, je ne savais pas trop. Sa dernière lubie était d'aller en boîte de nuit. Je lui avais expliqué, très calmement, qu'à la vue de son jeune âge, ce genre de sortie lui était encore interdit. Elle avait pris un air offusqué, néanmoins j'avais cru saisir sur son visage un soulagement. Elle avait besoin de tester sous toutes ses formes mon autorité devenue inexistante chez ce « père copain ».

Nos soirées étaient désastreuses et d'une triste banalité. Nous prenions nos repas à table, toutes les deux, j'y tenais. Elle avait bien essayé de s'y soustraire, idée vite abandonnée devant mon obstination. Dans ces moments-là, je lui posais des questions sur sa journée, auxquelles elle répondait du bout des lèvres ou d'une façon très agressive : « C'est bon, je vais pas te raconter en détail tout ce que je fais !» - « Je suis ta mère, c'est normal que je m'intéresse à toi, non ? » - « Ben j'ai pas envie, et puis c'est toi qui impose ces repas à la con » - Ah ! Ce mot ! Il revenait quasiment à chaque fin de phrase ! Lorsque l'atmosphère était trop pesante, j'allumais le poste de télévision, une échappatoire de dernière minute lorsque mon cerveau fatigué émettait des signaux d'alarme.

L'accalmie avait également un autre visage, Laëticia, la meilleure amie de Solenne. La jeune fille venait régulièrement à la maison. Elles se connaissaient depuis trois ans et leur amitié me réchauffait le cœur. Elles dormaient à tour de rôle et de façon régulière l'une chez l'autre. Ces moments-là étaient une vraie bouffée d'oxygène. En présence de son amie, elle se contrôlait et je retrouvais pour un temps ma petite fille pleine de tendresse et de gaieté. Elles s'étaient liées d'amitié en classe de quatrième à l'arrivée de Laëticia, alors nouvelle élève. Les deux jeunes filles n'avaient pas tardé à s'attacher profondément l'une à l'autre. Depuis, leur affection ne s'était jamais démentie et elles continuaient à partager de nombreux moments, même si elles n'étaient pas dans le même lycée. Son tempérament doux temporisait la fougue de Solenne. Je connaissais très peu les parents de Laëticia, des gens, au demeurant, à l'approche facile et sympathique, qui avaient très vite gagné ma confiance durant les quelques conversations échangées. Je savais ma fille entre de bonnes mains lorsqu'elle séjournait chez eux.


© Marie-Laure Bigand - Tous droits réservés - Pietra Liuzzo Editions

par PLe Editions publié dans : Romans Comtemporains
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Jeudi 26 juillet 2007

Date de parution : 15/08/2007

Prix : 17,90 euros

Nb de pages : 224

Difficile de croire encore au prince charmant à l’heure des mails et des sites de rencontres, à l’heure de la quête absolue de la non solitude.
Pourtant Charline, trentenaire et parisienne veut encore y croire ! Elle se persuade à l’aide de sa meilleure amie que « chacune a son chacun » qui l’attend quelque part...
Au fil de fous rires et de larmes, le parcours de plusieurs vies se
dessine dans un monde où le célibat explose. Les illusions sont
fragiles, on espère, on renonce mais par dessus tout on s’accroche !
Charline trouvera-t-elle l’homme de sa vie ? Quel prix devra-t-elle payer pour être aimée ?
Chaque choix que l’on fait change le cours des choses...
Découvrez les destins de sept personnages qui au fond d’eux ne
recherchent qu’une seule chose : que l’on se souvienne d’eux...

 

En savoir plus sur l'auteur :  http://robertelisabeth.neuf.fr  &  http://elibabeth.typepad.fr

 

Extrait :

 


— Comme s'il suffisait d'aimer pour vivre d'amour et d'eau fraîche !
Charline ronchonnait tout en regardant un reportage télévisé sur les plus belles histoires d'amour de notre siècle. Elle adorait ce genre d'émission où l'on croit tout apprendre des secrets de chacun. Mais ce soir, le sujet commençait sérieusement à l'irriter.
— Pff, non mais, ils pensent réellement que ce genre d'histoire arrive vraiment ? C'est truqué, pas possible que l'amour gagne à la fin, depuis le temps, cela se saurait !
Elle était célibataire depuis si longtemps qu'elle en avait perdu toutes ses illusions. Alors, tout ce romantisme et ce côté fleur bleue, tout cela lui rappelait encore et toujours qu'elle n'y avait plus droit, et elle ne supportait pas l'idée d'être mise au pied du mur.
Le programme de ce soir racontait justement les romances les plus incroyables de couples hors du commun ; entre acteurs et actrices, princes et roturières, mais aussi au sein du milieu politique, ou bien encore d'un pays à un autre. Toutes ces histoires s'achevaient fatalement par une belle fin, parfois douloureuse, mais toutes avaient ce point commun de rester légendaires. Le dernier couple en question avait même été obligé de quitter son pays d'origine, les amants ayant fui un régime totalitaire pour avoir la liberté de s'aimer. Tout ce qui semblait impossible dans la réalité paraissait magnifique sur le petit écran.
— Mais comme c'est beau, comme c'est adorable et tendre, trognon, mignon, beurkkk… déclara Charline à son oreiller, qui était devenu au fil du temps son meilleur confident.
Mais le ton qu'elle employait était de plus en plus moqueur et agacé, elle finit même par hurler :
— Mais c'est vraiment du grand n'importe quoi ! Comme si tout cela pouvait arriver dans la « Vraie Vie » ! Pff, vraiment ils veulent nous faire gober n'importe quoi !
Elle coupa net le téléviseur noir et blanc, vieil héritage de sa grand-mère, et entreprit d'aller promener Mobu, son petit chien. Ce n'était pas un beau chien de race, mais plutôt une espèce de mélange entre le caniche et le labrador, il était laid, petit, au pelage noir et blanc. Elle disait souvent en riant qu'elle n'avait pas eu les moyens d'en acheter un en couleurs ! D'ailleurs, si elle l'avait perdu, elle aurait été bien incapable de le décrire tellement il ne ressemblait à aucun autre chien existant. Mais justement, Charline adorait cela, un chien unique dont personne n'avait voulu, à part elle.
Et puis surtout, il était si gentil, même s'il passait son temps à dévorer les chaussons de sa maîtresse. Du coup, Charline cherchait des heures entières les restes de ses pantoufles sous le canapé, ou bien sous son lit. Et à chaque lambeau de tissu retrouvé, elle s'écriait : « Oh non Mobu, pas ceux-là, je les adorais ! », ou bien encore : « Oh, tu exagères Mobu ! Un jour, je vais te faire interner dans un asile pour chiens ! Tu es prévenu Mobu, la prochaine fois tu n'y couperas pas ! »
Elle s'amusait à se persuader que son chien ne pouvait pas se douter qu'un tel institut n'existait pas, et elle espérait lui faire peur, comme on menace parfois un enfant d'être privé de dessert ou de dessins animés lorsqu'il n'est pas sage. Mobu devait donc obéir, s'il ne voulait pas se retrouver enfermé dans un asile pour chiens fous. Elle se trouvait bien rusée d'utiliser ce stratagème, même si visiblement, le petit chien n'écoutait absolument rien de ce que sa maîtresse lui racontait.
Charline était donc une jeune femme de trente ans en mal d'amour, plutôt drôle dans ses bons jours, attentionnée avec son chien, et aussi très disponible pour ses proches, d'autant plus qu'elle n'avait pas de petit ami pour lui voler son temps. Elle était jolie, souriante et intelligente. Elle essayait tant que possible d'éviter les préjugés, et crevait d'envie d'avoir un jour un bébé rien qu'à elle.
Elle était à l'âge où toutes ses amies, ou presque, étaient fiancées, mariées, pacsées, avec enfants ou enceintes, et elle avait bien du mal à garder la tête froide tous les jours. Mais il le fallait bien, elle n'était pas du genre à se laisser abattre, et pour se donner du courage, elle se disait chaque jour que le meilleur restait à venir.
Charline était de taille moyenne, environ un mètre soixante-cinq pour cinquante kilos, de longs cheveux châtains et des yeux vert doré. Elle s'habillait en suivant la mode, selon son budget. Cette année, la tendance était au hippie chic, alors elle avait surtout mis l'accent sur le côté hippie. Elle vivait dans un appartement de deux pièces, au sixième étage d'un immeuble ancien, en plein cœur de Paris. Elle bossait comme comptable dans une petite boîte tenue par un homme d'une cinquantaine d'années, plutôt gentil, et encore plus avec elle, car il la trouvait tellement belle qu'il ne lui refusait jamais rien.
La vie de Charline était bien organisée, quelques week-ends en Normandie avec les copains, les soirées télé en semaine, sortir boire un verre de temps à autre, rester des heures au téléphone avec les quelques copines encore célibataires qu'il lui restait. Sortir le chien, se faire à manger bio, aller travailler avec le sourire, prendre le métro, se promener seule dans les rues de Paris, et surtout, surtout, rêver d'une vie différente…
— C'est trop dur d'être seule mon Mobu, j'en ai marre de voir le bonheur de tout le monde. Moi aussi je veux un mec qui me dirait que je suis la plus belle, qui passerait des heures à me regarder dormir. Moi aussi je veux m'engueuler avec lui à propos des gosses et détester sa mère. J'en ai marre, regarde-moi, j'ai trente ans, je bosse et tous les soirs je suis seule. Oui, je sais très bien ce que tu vas me répondre, tu vas me dire que parfois je ne rentre pas seule, que je ne dors pas seule. Oui, mais non ! Ce n'est pas cela, l'amour ! Ça, c'est du cul ! C'est juste pour être certaine que je n'oublie pas comment ça fonctionne, et puis bon, aussi un peu pour le plaisir quand même. Et puis, la preuve que je suis pathétique, je parle à un chien qui passe son temps à bouffer mes chaussons !
Elle se mit à pleurer, et s'assit les jambes croisées sur son tapis. Elle contempla longuement son petit appartement, elle l'aimait bien, elle s'y sentait protégée, son abri atomique à elle.
Elle bascula doucement en arrière, le dos à terre, et posa sa tête entre ses bras. Elle s'étira et ferma les yeux. James Blunt passait à la radio, elle finit par s'endormir recroquevillée sur son tapis, les yeux remplis de larmes, en murmurant : « You're beautiful… you're beautiful, it's true… »

*
* *

Le lendemain matin, Charline décida de se ressaisir, après tout, c'était trop facile de sombrer dans la peine, et il y avait des gens bien plus malheureux qu'elle. Elle avait cette faculté de rebondir rapidement, ses coups de blues ne duraient jamais longtemps.
Elle enfila donc un jean et attrapa un chemisier marron au vol, elle noua ses cheveux en natte et ajouta juste un ruban de soie, de la même teinte que ses vêtements. Elle adorait mettre des rubans dans ses cheveux, elle trouvait qu'ils donnaient l'illusion de papillons voletant autour d'elle, et cela la faisait sourire. Elle était du genre à vouloir beaucoup mais à savoir se contenter de peu, elle était restée un peu gamine, mais assumait parfaitement sa personnalité « entière ».
Il était déjà sept heures trente, elle attrapa la laisse et partit en dévalant l'escalier avec Mobu, qui avait bien du mal à la suivre. Une fois remontée, elle but son thé, grignota un pain au lait et se mit en route vers son travail. Dans le métro, elle aimait observer les gens, elle essayait de les faire sourire et faisait souvent des grimaces aux enfants qui lui répondaient avec un air moqueur en lui tirant la langue.
Elle arriva à huit heures, il faisait encore nuit. En poussant la porte du bureau, elle lança un bonjour général et alla s'asseoir directement devant son ordinateur. La première chose qu'elle faisait en arrivant le matin, c'était consulter ses mails. Elle espérait bien, un jour, en recevoir un qui ressemblerait à une déclaration endiablée.
Elle était inscrite sur plusieurs sites de rencontres, ce qui lui permettait d'obtenir plutôt régulièrement quelques rendez-vous avec de beaux garçons, mais aucun ne l'avait fait vibrer au point de se laisser aller à tomber amoureuse, aucun n'avait réussi à lui faire oublier son premier grand amour.
Ce matin, comme tous les autres matins, aucun mail enflammé. Elle se décida alors à en envoyer un à sa copine Cécile, pour lui demander si cela la tentait de sortir boire un verre après le travail. Elle avait une folle envie de se saouler, elle avait plus de mal, en ce moment, à assumer sa solitude. La réponse ne se fit pas attendre : quelques minutes plus tard, Cécile avait répondu par l'affirmative, et s'enthousiasmait déjà à l'idée de rouler sous la table et d'éclater de rire pour un rien.
Charline entama enfin sa journée de travail, et essaya de se concentrer le plus possible tout en évitant au maximum son boss, qui lui lançait encore des sourires à n'en plus finir.
À sa pause de midi, elle profita pour passer à la boutique de fringues d'en face. Tout en avalant son sandwich, elle tacha tout un rayon de vestes en jean.
« Oups ! », se dit-elle.
Elle n'avait bien évidemment pas les moyens de racheter tout le rayon, et elle s'angoissait déjà à l'idée que la vendeuse ne lui demande de payer le nettoyage.
Elle tenta de s'esquiver en sifflotant, ne voulant pas se faire repérer, ce qui produisit l'effet inverse. Tout à coup, elle devenait suspecte, et la gentille vendeuse la fixait avec des yeux noirs. Pour ne pas se faire remarquer encore plus, elle leva les yeux au plafond afin de faire semblant d'inspecter la propreté de la boutique. Elle se dit qu'en se faisant passer pour une cliente mystère, la jeune femme ferait tout pour la satisfaire.
D'un pas assuré, elle approcha de la vendeuse et lui demanda si elle avait cette jupe en taille trente-six… La vendeuse rougit, visiblement mal à l'aise par rapport à l'attitude si affirmée de Charline. Elle lui expliqua que tout était en rayon et qu'elle n'avait malheureusement pas de stock, en précisant qu'elle pouvait toujours essayer de la commander si elle le désirait.
— Hum, je vais réfléchir… Dites-moi, j'ai remarqué un spot qui ne fonctionnait pas au rayon des pantalons.
Charline était persuadée que les vendeuses devenaient beaucoup plus disponibles et aimables dès qu'elle adoptait ce genre de comportement. Le coup de la cliente mystère, c'était la solution idéale pour se faire cirer les pompes, et du même coup, distraire la vendeuse afin d'éviter qu'elle ne remarque la mayonnaise qui trônait sur le portant des vestes, à quelques pas à peine.
— Ah bon ? Et bien, merci de me le signaler, nous allons nous en occuper immédiatement !
— Très bien, bon, je repasserai à l'occasion, en tous les cas, je vous remercie pour votre disponibilité, mademoiselle.
Charline sortit de la boutique en souriant, toute fière de sa supercherie.
Elle termina sa journée vers dix-huit heures, et s'empressa de rentrer chez elle pour se changer. Après une douche rapide, elle se maquilla juste d'une fine couche de rouge à lèvres et enfila une jupe bohème mauve, avec une grosse ceinture de cuir marron foncé et un débardeur noir ultra-sexy. Elle chercha ses bottes pendant au moins trente minutes, et finit par les retrouver dans le placard, sous l'évier de sa cuisine. Elle promena rapidement son chien, et fila au Pub du Désert pour retrouver Cécile.
Celle-ci était déjà arrivée et attendait tranquillement son amie au bar. Ensemble, elles s'installèrent à une table. Elles aimaient bien ce pub, on y passait de la musique cubaine et les tequilas étaient à volonté, de quoi passer une bonne soirée entre filles !
— Bon alors, ton boss, il t'a encore fait des avances aujourd'hui ? entama Cécile.
— Oh, arrête, ce ne sont pas vraiment des avances tu sais, mais plutôt des sourires, des mimiques. Il est super agaçant, il est toujours après moi, il me met super mal à l'aise vis-à-vis des autres, et surtout, il me fait perdre un temps fou !
— Bah, plains-toi, au moins toi, tu as un homme qui s'intéresse à toi.
— Oui, et bien, des comme lui, non merci, répondit Charline en souriant.
— Bon allez, on trinque !
— Ok, alors on trinque au club des désespérées de l'amour !
— Ah non, on va positiver ce soir, et se dire que demain…
— Que demain tout sera différent ?
— Bah oui, par exemple ! s'exclama Charline, tout en réalisant qu'elle portait ce toast à chaque fois qu'elle le pouvait, et qu'au final, les lendemains ressemblaient tout de même toujours beaucoup aux veilles des lendemains.
— Allez Charline, ne t'en fais pas, tu sais bien qu'on a toutes un « chacun » qui nous attend quelque part.
— Oui, mais où ? Et puis imagine un peu avec ta théorie, si nous n'avions qu'un seul « chacun » mais que nous l'ayons déjà eu ? Imagine que nous l'ayons eu sans le savoir ? Ou pire encore, que nous le connaissions mais que nous l'ayons perdu ?
— Ah non Charline, tu vas pas me refaire le coup, je t'interdis de replonger là-dedans !

 

© Elisabeth Robert - Tous droits réservés

- ISBN 978-2-916685-12-0

 

Pour le commander : dans toutes les librairies francophones.

Egalement chez l'auteur avec une dédicace.

Chez l'éditeur : http://pietraliuzzo.fr

ou encore à la Fnac, chapitre.com, amazon, alapage.com.

par Pietra Liuzzo publié dans : Romans Comtemporains
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Mercredi 11 juillet 2007

Date de parution : 03 juillet 2007

ISBN : 978-2-916685-02-1

PRIX : 14,90 €

Présentation :

Livre primé : 1er Prix d'ALBÂTRE du Roman au Concours International des Editions Terriciaë 2006 .

Cléa est une jeune Normande venue vivre à Paris. Seule, cette jeune fille à l'âme fragile va rencontrer Rajiv, un bel Hindou qui va lui redonner goût à la vie… Pour combien de temps ? Après la grisaille de Paris, les deux amoureux vont rejoindre l'Inde, pays de Rajiv. Malgré les traditions et la culture si différente de la sienne, Cléa va se convertir par amour.

Le bonheur semble sourire à Rajiv et Cléa. Après quelques mois passés dans le village indien, ils reviennent à Paris. Que leur réserve la vie ?

*** PREFACE PAR PIETRA LIUZZO ***

Pour en savoir plus sur l'auteur :

http://perso.orange.fr/sorceline/

Extrait :

Je suis née un jour de printemps.
Un jour où la nature reprend son rôle d’étonnante messagère de beauté. Un jour nimbé de soleil. Un jour où les fleurs éclosent avec splendeur, où de nouvelles senteurs parfument une atmosphère trop lourdement endormie par le froid de l’hiver.
Subtil contraste entre cette Vénus bocagère et ma triste vie, débutant ici, empreinte par la mort et ses fascinants mystères inexplorés.
Désordre cruel d’une existence perfide que je ne comprendrai, hélas, jamais.
Les roses exquises fardées de grâce charnelle ainsi qu’une enfant désespérée aux cheveux de lin et aux yeux d’océan apparaissent, exilées dans une chronologie éphémère… Oui ! Je fis connaissance avec l’humanité dans cette si suave saison.
Enfant aux multiples maux, adolescente renfermée et exclue ; comment prendre pour affection une vie aussi fragile que les ailes d’un papillon, aussi impitoyable que barbare ?
Inutile de faire comprendre et à communiquer à autrui la souffrance psychique qui m’accompagne depuis si longtemps déjà. Chaque jour, se lever avec son apathie à vivre, chaque soir, la cultiver encore et encore en soi-même. Ce désespoir qui vous ronge et puise votre élan vital de seconde en seconde, de minute en minute, d’heure en heure.
Qui pourrait réellement s’attendrir ou bien concevoir ce que je ressens, ce que je dois subir à tous les instants où mon cœur bat ?
La soumission du corps et de l’âme, voilà le duel personnifié et flagrant auquel je suis livrée.
Cette complexité, nul ne peut la déchiffrer ni saisir l’étendue des dégâts qu’elle engendre, à moins d’avoir vécu pareil calvaire, ce qui n’est à souhaiter à quiconque, même à son pire ennemi.
Debout, assise ou couchée, être la proie trop frêle de ce mal-être indélicat, éternellement…
En définitive, mon cœur est simplement ancré dans les abysses d’une torpeur ineffable.
Je figurais la dernière des quatre filles que mes parents avaient conçues, et, à présent, je me devais de les laisser seuls, comme le plus serein des couples, comme deux jeunes époux confrontés à une nouvelle et inconnue lune de miel.
Peut-être un bonheur inestimable pour eux ?
Ils s’étaient sacrifiés, sans arrière-pensées, afin de nous offrir la meilleure éducation possible. Une éducation fondée sur le respect et la discipline.
Quoi qu’il en soit, mes sœurs s’étaient échappées de cette atmosphère plénière si protectrice que constituait notre famille.
De plus, maris et enfants respectifs les accaparaient tout entières.
À mes yeux, ce fut une déchirure, un abandon, une plaie atroce que leurs départs successifs.
Moi, seule avec mes angoisses, mes doutes, mes inquiétudes et ces fantasmagories. Que faire lorsque ce monde idyllique s’effondre, s’écroule comme sous l’action de la plus violente des tempêtes ?
Mourir ? à quoi bon ? Du moins, pas encore…
Sans nul doute, ces ruptures et mon émotivité trop accrue étaient responsables des troubles interférents dans mon être.
Il me fallait rompre avec ces souvenirs trop distincts qui fragilisaient la conscience et la mémoire de mes vingt ans.
La solitude me faisait écho et m’appelait férocement.
Adieu côtes normandes, mes chères bandes de sable blond aux reflets de ma chevelure, où je me vis grandir dansant parmi les coquillages et les mouettes rieuses. Adieu les baignades enfantines et les goûters amicaux sur les galets ronds et polis. Adieu les riants bocages vêtus de rose où se déployaient l’amour et son cortège de plaisirs sur des tapis de fine verdure, cette riche moisson de plaisir promis.
Adieu insouciance magique de mes tendres années…

Le jour où je pris ma fulgurante décision, rien ne put me retenir…
Le soleil, à son déclin, se couchait dans un véritable océan de feu, ceignant l’horizon de ses teintes les plus vives et se reflétant en rouge sur les blanches maisonnettes de mon village tandis que les hautes falaises, confondues dans une demi-obscurité, dressaient au loin leurs silhouettes étranges.
La brise me murmurait sur les flots son éternel et mélodieux refrain, et la lame, molle paresseuse, caressait doucement les flancs des solides barques de pêche, mouillées à quelques brasses du rivage.
Bien sûr, l’affluence des moments harmonieux des sévères querelles défilait sur le film de ma vie. Les émois méconnus, les amitiés déchues ou trop imaginaires, tout surgissait dans ma tête au milieu d’une inextricable effervescence.
Mes parents semblaient-ils tristes ? Feignaient-ils d’être désemparés ? Voulaient-ils me retenir et me garder près d’eux, comme leur unique et généreuse progéniture ?
Non, sinon leurs suppliques m’auraient retenue et obligée à demeurer à leurs côtés. Je le concevais pleinement, le calme les attirait tel le diamant superbe dans son écrin de velours.
La pluie commença par tomber et fouetter mon visage à la blancheur d’une fleur de poirier. La saveur amère des gouttes sur mes lèvres inondait également mon cœur et se mêlait aux pleurs irresponsables de mon être. Mes yeux brillaient… Moi, comme tous ces gens, je patientais posément, attendant la venue de ce train, de mon train salvateur.
Un vieux sac lourd écrasait mon épaule contenant les seuls accessoires que j’adulais.
Je montai enfin dans le wagon qui m’était destiné, lorsque tous les passagers furent agglutinés aux banquettes les plus confortables.
Adossée à la porte vitrée, je contemplais le dernier paysage de mon enfance. Une enfance redéfilant ingrate et solitaire…

Mon voyage fut assez triste dans ces étendues de pays que j’avais tant désirées. Après des kilomètres pénibles, debout, secouée, usée, l’arrêt allait enfin être annoncé. Quelle surprise !
Je me trouvais confrontée à l’immensité de… Paris. Une panique m’envahit.
Où était l’air frais et iodé du littoral ? Ces divines senteurs familières m’étaient, à présent, remplacées par des effluves entêtants de gaz d’échappement, de pollution en général. J’esquivai, plusieurs fois, des voitures rutilantes ou plus anciennes… Mon périple parmi les autos fut éprouvant. J’aurais pu me faire renverser par n’importe quels conducteurs. J’étais comme abasourdie par ce monde inconnu et fort bruyant. Des devantures de boutiques par centaines, des passants irrespectueux des trottoirs souillés.
Avais-je vraiment opéré le bon choix ?
Avec quelle habileté allais-je retrouver ma chambre en location ? Tant et tant d’immeubles se dressaient devant moi !
En outre, je me devais de retrouver un calme élémentaire…
Je sortis de ma veste le morceau de papier froissé où figurait mon adresse détaillée. Mes recherches pouvaient commencer promptement.
Ce ne fut pas chose facile pour moi, parfaite étrangère, de me tirer de ce dédale de rues formant un réseau presque inextricable de quais en boulevards. Enfin, grâce aux nombreux piétons qui circulaient dans les rues, grâce à la preuve de mon ignorance urbaine, j’obtins de ces derniers des renseignements assez précis. C’est ainsi que je parvins à gagner cette petite pièce où je pourrais m’enfermer seule en apparence mais, en réalité, avec le souvenir ardent de ce qui s’était passé. À partir de ce moment, je fus éminemment en proie à deux visions, dont l’une s’effaçait peu à peu, dont l’autre prenait peu à peu plus de consistance.
J’étais totalement isolée dans une « cité » pareille à une fourmilière où le bruit et les va-et-vient incessants ne faisaient que rythmer cette nouvelle vie, la mienne.

 

© Céline Guillaume - Tous droits réservés

ISBN 978-2-916685-02-1

Pour le commander : dans toutes les librairies francophones.

Egalement chez l'auteur avec une dédicace.

Chez l'éditeur : http://pietraliuzzo.fr

ou encore à la Fnac, chapitre.com, amazon, alapage.com.

 

 

 

par Pietra Liuzzo publié dans : Romans Comtemporains
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Jeudi 5 avril 2007

Date de parution : 25 avril 2007

ISBN : 978-2-916685-10-6

PRIX : 19,90 €

Présentation du livre :

Paris aujourd’hui.

 

Parce que sa mère a disparu dès sa naissance, et qu’il est le fruit d’un amour négocié, le nouveau-né Léalan d’Antoni est fermement décidé à mourir, tout de suite. Mais ce serait sans compter avec l’archange Gabriel qui ne l’entend pas de cette oreille. Pour le sauver et le guider dans l’existence, il missionne le plus contesté des anges gardiens : Giacomo Casanova.

 

Devenu adulte, Léalan décide de retrouver celle qui l’a mise au monde mais à cause du célèbre cavalier céleste, le jeune d’Antoni va  croiser d’improbables destins. Ses amis de pensionnat deviendront champions de boxe pour l’un et d’échecs pour l’autre ; la femme de sa vie, chanteuse de rock alcoolique et suicidaire, va l’enfermer dans une chambre d’hôtel du Bronx pour lui faire l’amour à la façon toréador à longueur de journée en buvant des litres de cognac.

 

Jusque là, ça irait encore, mais des terroristes islamistes de bazar vont transformer sa vie en cauchemar, sous l’œil d’un Casanova joueur et malicieux qui n’a qu’une idée sous l’auréole : faire de lui un écrivain. 

 

Mais, où est donc sa mère ?

Extrait :

J’ai pris position sur la ligne de départ prématurément. Je suis sorti trop tôt du vestiaire. Six mois à peine. J’ai dû rester dans les starting-blocks plus de trois mois. Un trimestre entier à lutter pour survivre dans une petite boîte en verre au confort précaire. Trente-sept degrés et quatre-vingt-dix jours pour prendre du volume, pour atteindre le poids nécessaire à la grande exploration. Forcément, prématuré à ce point-là, la vie ne pesait pas lourd, et moi non plus. Deux jours après ma naissance, mon poids n’était plus que de neuf cents grammes. Un petit rôti. Tellement frêle qu’un prêtre est venu m’administrer l’extrême-onction. Pas encore vivant et déjà quasi mort !
Le sacrement de l’Onction des malades est conféré aux personnes en très grand danger, en les oignant sur le front et sur les mains avec de l’huile dûment bénite.
Me concernant, le médecin ayant interdit au prêtre de me toucher, celui-ci a dû se contenter de faire des taches de graisse sur ma couveuse. Une vraie friteuse. L’homme d’église a prononcé une seule fois, comme s’en est l’obligation :
Per istam sanctam unctionem et suam piissimam misericordiam adiuvet te Dominus gratia Spiritus Sancti, ut a peccatis liberatum te salvet atque propitius allevet !
Mais lorsqu’un nouveau-né reçoit le sacrement des malades, c’est une sonnette résonnant chez Gabriel. Un ange gardien est immédiatement délégué sur place, au cas où l’enfant ne trouverait pas la volonté de vivre. Le cavalier céleste devra conduire le bébé vers les archanges et lui éviter de se perdre dans les limbes. Parce que sans guide, il n’aurait aucune chance de trouver tout seul la porte du paradis et Dieu ne peut pas abandonner un innocent à une errance sans fin.
Mais le rôle de l’ange est avant tout de l’aider à s’en sortir et à acquérir une solide formation. À défaut, trop petit pour être jugé, le bambin ne pourra devenir qu’un ange de représentation. Ce sont ceux que nous admirons sur les vitraux des églises ou sur le plafond de la Chapelle Sixtine.


Une voix grave à l’accent italien murmure doucement près de moi. Elle m’est délicieuse à l’oreille.
— Mitto agelum meum ante te, a dit Michel ! Tu ne dois pas craquer, accroche-toi ! Tu vas devenir écrivain, me chuchote-t-elle.
Je le vois. Il est plutôt grand, bel homme, le visage carré, le cheveu jais, l’œil noir, il porte un costume de soie grise, élégance d’un autre siècle, et une chemise blanche. Il lisse de grandes ailes blanches qui lui tombent dans le bas du dos.
— Qui es-tu ? je demande en le fixant avec les sourcils au plafond.
— Je suis ton Ange Gardien, me répond le bellâtre avec un sourire charmeur.
Je reprends la respiration que j’avais interrompue durant quelques minutes.
— Où est ma mère ?
— Pas loin, juste à côté.
— Hier, quand ils m’ont amené ici, une femme en blanc a dit que je ressemblais aux anges qui étaient sur un tableau accroché sur un mur dans un couloir. Ils avaient bien des ailes, mais ils étaient plus jeunes… le visage rond, plus enfantin, les cheveux blonds. Tu ne leur ressembles pas.

 

 

Penché sur ma couveuse, il m’explique :
— Nous prenons l’apparence que nous voulons et pour me présenter à toi, j’ai choisi de reprendre celle de mes trente ans. Époque de mon apogée. Juste pour te donner l’envie de grandir car si tu te laisses aller à mourir maintenant tu deviendras un ange comme tu les as vus, blond bouclé avec une harpe à la main ou une trompette. Ou bien encore avec un arc distillant tes flèches aux couples d’amoureux. Boulot, métro, dodo.
Tu poseras pour l’éternité : Titien, Donatello, Conegliano…
— Donate quoi ? Coneto quoi ?
— Donatello, Conegliano. Des peintres Vénitiens, Florentins. Le tableau que tu as vu est probablement signé par l’un d’eux. Ils ont martyrisé, au nom de l’art, pas mal de chérubins. Ne pas bouger pendant des heures donne des crampes terribles. Tu auras à jamais la fesse molle et le jambonneau potelé.
— Désolé, je n’y connais pas grand-chose, mais vraiment, tu n’as rien des anges que les Florentins peignaient sur leurs fresques.
— Cesse de m’interrompre s’il te plaît, me dit-il d’une voix grave. Tu as beaucoup plus drôle à faire que de mourir. Tu seras grand, fort, beau, et pas plus idiot que la moyenne de tes congénères. J’en ai reçu l’assurance en haut lieu, alors mon jeune ami, tu dois vivre sinon, je devrais t’accompagner là-haut et si tu meurs, on me donnera la garde d’une ouvrière du Pérou ou Dieu sait quoi. Elle fabriquera des chaussures à l’usine toute la journée et ma principale préoccupation sera de veiller à ce qu’elle ne se pique pas avec l’aiguille pour lui éviter le tétanos. Elle n’écoutera rien des intuitions que je lui enverrai. Levée à cinq heures, travail à la chaîne jusqu’au soir, une soupe de haricots puis au lit. Trop fatiguée pour rêver. Et rebelote le lendemain. Remarque, elle ne pourra pas faire autrement, son salaire servira juste à nourrir ses frères et sœurs, puis ensuite ses propres enfants. Elle décédera sans être jamais sortie de son village. Moi, j’aime les plaisirs, les arts, les femmes, et les voyages. Alors, s’il te plaît, fais un effort. Cramponne-toi, tu verrais les jambes des filles en cette saison, un régal. Elles sont cuivrées comme de l’or, leurs yeux sont des diamants remplis de soleil, leurs visages éclatent de toute la chaleur de leurs envies.
Il s’interrompt, songeur, visiblement plongé dans sa mémoire. Après un court instant, il reprend, autoritaire, raide comme la justice.
— Et puis, tu dois absolument goûter le vin, les gibiers, le pâté de macaronis, le foie d’anguille…
— Ah ? Le foie d’anguille ?
— Au fait, je me présente. Mon nom est Giacomo Giovanni Casanova, chevalier de Seingalt, pour te servir, conclut-t-il en se courbant légèrement vers l’avant.
Je l’observe un peu étonné, il me laisse un peu dubitatif. Il ne fait pas très sérieux avec son accent italien. Comme s’il avait deviné mes pensées, il reprend sur le ton de la confidence :
— Je t’avoue qu’ils ont longuement délibéré avant de m’accorder mes ailes. J’ai toujours eu la foi et j’en ai, à maintes reprises, donné des preuves flagrantes. N’ai-je pas servi le seigneur ? N’ai-je pas été abbé ? J’ai assisté Béline, mon premier amour, atteinte de la petite vérole que tout le monde avait laissé seule, à mon péril puisque j’en ai gardé des traces sur le visage toute ma vie. J’ai sauvé le sénateur Bagradin à Venise, et tant d’autres actes que l’humilité me défend d’énumérer. Toutefois, je t’accorde que certains de mes écarts ont été jugés durement. Et, si depuis ma mort tu n’es que ma première mission, je ne te le cacherais pas : c’est que j’ai passé quelques siècles au purgatoire afin d’y expier mes péchés. Mais les expériences de ma vie sont finalement apparues à mes juges comme de réels atouts pour accomplir cette mission de protection qui demande un peu d’expérience. Blaise Cendras n’a-t-il pas écrit sur moi que je connaissais tout le monde ? Les gens et les choses, la façon de vivre dans les différents pays d’Europe ? Les routes des hostelleries ou des châteaux, les bordels, les tripots, les chambrières n’ont pas de secret pour moi, pas plus que les filles de banquiers, l’impératrice de Russie ou la reine de France que j’ai interviewé. La police s’est parfois méprise sur mon compte en pensant que j’étais un escroc, mais je fréquentais aussi bien les salons, que les chanteuses d’opéra. J’ai vécu en philosophe, mais je suis mort en chrétien. Et puis, le premier commandement n’est-il pas « aime les autres comme toi-même ? » Or, j’ai aimé les autres bien plus que moi-même, je n’ai jamais cherché qu’à faire le bien. J’étais à tu et à toi avec les ouvriers et les artisans, avec le prince de Ligne ou l’abbé de Bernis.
Puis, poursuivant d’une voix ferme, sûr de son fait, il me prédit :
— Tu seras écrivain ! D’ailleurs, ce n’est pas par hasard que l’on t’a confié à moi. J’ai moi-même commis quelques ouvrages restés dans la littérature comme des empreintes de mon époque. « Les hommes et les amours remarquables sont sauvés par les poètes et les écrivains de l’oubli plus impitoyable que la mort ». L’Arioste.
—  L’Ari quoi ?
— L’Arioste, le plus grand poète d’Italie, enfin selon moi, dit-il la main sur le cœur.
Je ne vais probablement pas m’embêter et ma vie peut être assez marrante avec une telle sentinelle, mais lorsqu’on est bébé, on braille, on pisse et on mange. Et là, j’ai faim.
— C’est bien joli tout ça, mais moi, je souffre, alors aide-moi s’il te plaît. Mon estomac n’est pas fini et je ne peux rien avaler : tu as vu mon poids ? Si tu veux que j’écrive, je dois d’abord vivre.
— Je sais la souffrance, je vais t’aider, j’ai bien connu cela. Comme toi, enfant, je ressemblais à un squelette. À l’époque, on m’a fait jurer de garder le silence, mais il y a prescription.
J’écoute sa voix suave.
— Bambino, très malade, j’ai été soigné par une sorcière à Mulan. Une île proche de Venise. Elle était en liaison directe avec Léon. Le pouvoir des sorciers a toujours existé, mais leur principal pouvoir est, justement de nous faire croire qu’ils existent. Les plus grands remèdes ne se trouvent pas toujours dans les pharmacies mais souvent au fond de nous-même*. Aujourd’hui, vous ne croyez plus aux sorciers, et c’est bien dommage, car ils étaient un lien utile entre nous et vous.
— Qui est Léon ?
— Mon ange gardien de l’époque, un sacré personnage.
— Je veux bien t’écouter, mais as-tu un plan ? je demande un peu inquiet.
— Bien sûr ! Tu en prendras connaissance peu à peu, en temps et en heure. C’est encore trop tôt, tu dois d’abord te sortir d’affaire.
Le subordonné de Gabriel ne me semble pas très sûr de lui. Mais son œil est rieur quand il rajoute à voix basse, appuyé sur son avant-bras, au-dessus de ma couveuse.
— Je vais t’aider !
Puisque mes veines éclatent sous les seringues trop grosses, Giacomo insuffle l’idée au médecin de tenter une dernière piqûre directement dans la tête.


La manœuvre est délicate sur un crâne de grand prématuré. L’homme de l’art semble hésiter.
Il est devant un choix difficile : doit-il donner suite à l’idée qui vient de germer dans son esprit, ou ne pas prendre le risque ? Quel chemin prendre ? À sa droite, se trouve le plateau avec la seringue, à sa gauche, la porte donnant sur le vestibule, où il pourra se laver les mains, enfiler son costume civil et prendre la route pour rentrer chez lui manger le pâté de macaronis que sa femme lui a peut-être préparé, et dormir. Après tout, il a si peu de chance de me sauver. Ma mort ne sera que celle d’un prématuré de plus. Giacomo insiste encore une fois. Je le sens fermer les yeux pour se concentrer et diriger la main du chirurgien.
— De toute façon, il n’y a plus d’autres alternatives, dit mon ange avec conviction. Soit, l’opération réussit et tu continues à lutter pour ensuite visiter la vie avec délectation, soit, le vieux Macaon échoue et je te raccompagne ensuite aux portes du paradis où tu feras potiche avec un arc à la main pour l’éternité.
Je n’ai pas le choix, mais je sens qu’on va encore me faire mal. J’ai peur. Je braille. L’homme de médecine ouvre le clapier de verre. Ses mains gantées me touchent, le contact est froid. Je vois l’aiguille, je sais que je vais souffrir. Je sens Giacomo à mes côtés, ça me rassure.
C’est fini, le liquide a été injecté. Il a eu la main heureuse. Le choix était le bon. C’est un succès. Le vieux referme la porte de la couveuse. Le palliatif à une ingurgitation normale de toute alimentation dure plusieurs jours. Je m’habitue à la douleur.
Quelques semaines plus tard, mon estomac a fini de se former, je régurgite encore souvent mes aliments, mais je pèse à présent plus de trois kilos. Mes yeux sont bleus, mes sourcils ont poussé, mes ongles aussi. J’ai un léger duvet blond sur la tête. Ma sentinelle reste près de moi à me raconter qu’il a été tour à tour : secrétaire, soldat dans l’armée vénitienne, prêcheur, alchimiste, joueur professionnel, violoniste, directeur de loterie, espion… Il reste là, à me rassurer, à me parler de la vie, de ses joies mais aussi de ses peines, jusqu’au jour où m’estimant apte à entrer pour de vrai dans l’existence, le vieux médecin décide de me sortir de la couveuse.
— Je vais devoir te quitter sous ma forme actuelle, me dit calmement Casanova. Je ne peux rester que tant que tu es en couveuse. Tu ne te souviendras pas de ma présence. À compter de ce jour, il te faudra être attentif à tes intuitions, à tes songes, et aux signes. Ils viendront souvent de moi. Tes peurs et tes angoisses ne seront que les expressions d’un bon ou mauvais choix. Les intuitions que je t’insufflerai seront parfois brouillées par tes émotions, par tes sentiments. La force des émotions est très grande, elle fausse les analyses les plus pointues, elle brouille nos perceptions des choses.
Je l’implore en lui refilant le même regard triste que lorsque le médecin va me piquer.
— Demande une dérogation pour rester à mes cotés…
— Ne sois pas inquiet, me dit-il avec un large sourire rassurant.
Cette fois, je me mets à brailler le plus fort possible.
— Bon, je veux bien essayer, mais Gabriel et le patron sont très stricts sur le principe de discrétion. Sache que je serai au-dessus de toi, et de temps à autre près de toi. Je consacrerai tout mon temps à suivre tes affaires terrestres, me lance mon élégant ectoplasme.
— Tu as tant de choses à m’apprendre, et puis entrer dans l’existence me fait peur, je t’en prie reste avec moi… Tu viens de vaincre la mort… N’est-ce pas le plus difficile ? Tous les minotaures te sembleront à présent de modestes agneaux.
À cet instant, une sage-femme entre dans la salle des couveuses. Elle a de grandes mains, un gros nez en forme de poire, ses seins lui tombent sur le ventre, ce qui la rend encore plus grosse à l’œil. Sa blouse blanche la boudine, et ses grosses lunettes lui donnent l’air d’une femme méchante.
— Mon jeune ami, tu n’es pas gâté pour ta sortie, il aurait quand même pu t’en trouver une jeune et jolie. La vieillotte a la carrure d’un soldat ! me souffle Giacomo.
— C’est ça qui est censé me donner des plaisirs ?
— Ce n’est pas le meilleur de la race, mais rassure-toi, d’autres sont bien plus désirables, et puis, patience ! Si celle-ci te manœuvre avec délicatesse et te nourrit convenablement, tu pourras profiter de spécimens bien plus attrayants, mais pour les satisfaire tu dois être en pleine forme. J’ai souffert de la faim durant toute mon enfance, alors, demande-lui juste de te nourrir convenablement, ce sera déjà un excellent début.
Elle me manipule délicatement. Sa voix est douce et posée, ses gestes précis divulguent une vraie conscience professionnelle.
— C’est aujourd’hui le grand jour, Monsieur Léalan… Vous revenez de loin, mais vous êtes à présent un bébé en pleine forme… Allez, petit miraculé, direction votre berceau, dit-elle en me sortant de ma cellule de verre.
— À bientôt, Léalan… Et n’oublie pas d’écouter tes intuitions, analyse et comprends tes songes, me rappelle une dernière fois Giacomo en disparaissant.
Son image s’efface graduellement, il s’évapore lentement. J’ai froid, j’ai faim, j’ai peur ! Je me remets à brailler de plus belle. Je veux qu’il revienne. Je me sens seul.
Mais, où est donc ma mère ?

 

 

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Mercredi 27 décembre 2006

Parution : 22 FEVRIER 2007

N° ISBN : 978-2-916685-07-6

Prix : 15 euros

4e de couverture :

Lisette est élevée par ses grands-parents, dans une ferme du Morvan.
La petite fille va y vivre quelques années, dont jamais, elle n'oubliera.
Parmi les fidèles animaux et la belle nature qui l'entourent, se cache non pas le loup mais un troupeau d'hommes dont la bêtise n'est même pas imaginable.
La Gamine se réfugie souvent près de son puits aux marguerites, lieu de tous ses secrets.
 
Extrait  :  
J’avais trois semaines à peine, lorsque mes parents me confièrent à mes grands-parents maternels.
Pourquoi ? Comment ? Je ne l’ai jamais su.
Quoique je puisse me faire des idées…
Si je devais en croire ma propre version, comme toutes les chimères que je me créais et d’après les persiflages familiaux, celle qui fut si peu de temps ma mère, au cours de ma vie, porterait l’entière responsabilité de cette décision. Qu’il me soit permis cependant de dire, en faisant fi d’un vieux principe qui interdit aux enfants de juger leurs parents, que, durant les quelques années passées auprès de mes grands-parents, j’ai pu constater, d’après les affirmations de ces derniers, que ma génitrice n’était pas d’un caractère particulièrement facile ou plutôt malléable.
Pourquoi ?
Oui, pourquoi, mes parents m’avaient-ils ainsi abandonnée ?
Malgré cela, cet abandon allait me conduire vers une existence hors du commun que tous les enfants ne connaissent pas…
Alors, devais-je les remercier ou pas ?
À la ferme, ce fut un chamboulement des plus rajeunissant et, une grande joie indicible envahit toute la maisonnée ; une gaieté que mes grands-parents n’avaient plus ressentie depuis des lustres, tout comme les pleurs les biberons et les langes oubliés. Je permis, de ce fait, à Grand-mère Honorine de savourer une nouvelle fois la joie de dorloter un bébé. Un petit bébé, tout frais, tout neuf, tellement vulnérable parmi des adultes insignifiants. Aussi extraordinaire que cela pouvait paraître, ce tout petit corps que j’étais allait redonner à ces derniers une assurance et une puissance phénoménale qui leur permettrait de subir le ressentiment des autres sans trembler ni culpabiliser.
J’étais fille unique et je craignais que ma mère biologique ne puisse être capable de supporter une nouvelle grossesse.
Excès d’orgueil afin de ne pas transformer sa silhouette mutine et ainsi perdre ces regards masculins qui la détaillaient scrupuleusement du galbe de ses seins à la cambrure de ses reins ?
Tout simplement, elle ne possédait pas assez de fibre maternelle pour combler les attentes d’un bambin…
J’en arrivais à cette conclusion qui me faisait l’effet d’un poignard à l’endroit du cœur
« Elle ne me désirait pas ! »
 
 

Tous droits réservés - Céline Guillaume

 

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